Midi noir

M
Patrick Valandrin

Midi noir

France (2015) – La Différence (2015)


Entre Avignon et Ventoux, un homme s'accuse du meurtre d'un autre, qu'il soupçonnait de coucher avec sa femme. Le problème est que la police ne retrouve pas de cadavre, mais qu'en fouillant bien, les placards des vignerons du coin ne sont pas tous vides. Alors que le Front National risque de rafler certains sièges aux prochaines élections, est-il raisonnable de procéder à un grand déballage ?

Le point de départ de Midi noir est intéressant. Pourquoi un homme, pas des plus sympathiques, s'accuse-t-il d'un meurtre dont on ne trouve aucune trace ?

Il faudra malheureusement attendre la fin du roman pour que cette interrogation policière essentielle soit de nouveau posée. Entre temps, Patrick Valandrin va nous entraîner dans un récit documentaire nourri par son expérience professionnelle. Midi noir, c'est avant tout la mise en lumière de quelques magouilles et dysfonctionnements de la filière vinicole.

Quand on suit un peu l'actualité – et la qualité des vins français est un marronnier depuis trois décennies (voir par exemple cet article de 2005 Les francs tireurs de la vigne) –, on n'apprend pas grand-chose sur la question, mais cet aspect pourra plaire à un public peu informé [1].

Valandrin ajoute à Midi noir le racisme ordinaire, la morgue des élites et la misère des journaliers, l'hypocrite bonhomie des gens du Sud et la montée du Front National, jusqu'aux ortolans dont des caciques corrompus se goinfreraient, chaque année, lors d'un repas secret. Posés comme des évidences, tous ces points auraient mérité, à mon sens, d'être travaillés au niveau de personnages qui ne dépassent malheureusement jamais le stéréotype.

Du coup, ce (presque) tous pourris, car il s'agit bien de cela, manque singulièrement de force, mal soutenu par une écriture sans reliefs et nourrie aux clichés. L'alcoolisme du flic chargé de l'enquête, son béguin pour une collègue deux fois plus jeune qui, « avec ses longs cheveux blonds aux mèches décolorées et ses yeux gris, aurait pu être un mannequin... », la gentille prostituée qui va aider à démasquer les corrompus et qui porte le même nom que la défunte femme du policier, ou encore la reconnaissance finale de Piotr Lemoine, viticulteur aux pratiques nobles et respectueuses, par le grand critique Bill Dexter témoignent, par exemple, de cette naïveté romanesque.

C'est d'autant plus dommage que le motif criminel dissimulé dans Midi noir aurait pu être intéressant. Mais sa mise en valeur aurait nécessité d'aborder d'une autre façon la construction du récit, sans se laisser aller à une dénonciation qui tient du remplissage et ressemble curieusement à ces opérations frauduleuses d'assemblage (le fameux vendre du papier) dont parle ici Valandrin.

Chroniqué par Philippe Cottet le 01/11/2015



Notes

[1] On peut consulter l'inventaire réalisé par le Dico du vin Petit lexique des fraudes. On trouve régulièrement dans la presse le compte-rendu de tricheries dans ce milieu, par exemple Labouré-Roi dans la tourmente avec le comblement de la part des anges dont parle Midi noir.

Illustration de cette page : Les vignes au pied du Mont Ventoux

Musique écoutée pendant l'élaboration de cette note : Trout Mask Replica de Captain Beefheart and his magic band (1969) – Strange Days de The Doors (1967)