Business dans la cité

B
Rachid Santaki

Business dans la cité

France (2014) – Seuil (2014)


Dealer à Saint-Denis pour le compte des frères Bensama, Rayane rêve de quitter le bizz pour monter sa boite de com' où sa connaissance du terrain, son sens de l'organisation et son aisance à procurer de la poudre à ses interlocuteurs devraient faire merveille.

Raconter la vie est une collection née de la volonté de Pierre Rosanvallon de « répondre au besoin de voir les vies ordinaires racontées, les voix de faible ampleur écoutées, la réalité quotidienne mieux prise en compte. » Pour l'instant, dans l'écriture de ce programmatique « roman vrai de la société », on trouve majoritairement des livres d'intellectuels et de journalistes (voir ici le catalogue), à l'exception de Moi Anthony, ouvrier d'aujourd'hui qui semble être un témoignage direct – peut-être réécrit – d'un anonyme de la région lyonnaise.

Fiction documentaire jouant sur une possible identité du personnage principal et de l'auteur, Business dans la cité raconte la tentative d'un jeune de s'extraire, par le haut, du milieu criminel dans lequel il baigne. Le sens de l'organisation et les capacités de gestionnaire de Rayane, détenteur d'un DUT, ont jusqu'ici fait merveille au service de Saïd, le caïd local. Mais il a maintenant envie de réussir, par lui-même et dans le légal. Son seul tort sera peut-être de ne pas couper réellement les ponts avec son ancienne vie, utilisant la dope pour pénétrer les milieux branchouilles parisiens de la pub et de la com', tout en continuant de vivre et travailler à Saint-Denis qui doit être le témoin – vanité des vanités – de cette reconversion réussie.

Le format de la collection limite chaque récit à 80 pages, ce qui sera sans doute idéal pour les témoignages des sans voix. Pour quelqu'un comme Rachid Santaki qui a déjà publié plusieurs romans, c'est l'équivalent d'une grosse nouvelle, genre pas si facile que cela à maîtriser. Le parler des jeunes de banlieue est certes à l'honneur dans ce Business dans la cité, mais le lecteur habitué de polar et de littérature noire n'apprend finalement rien de cette trajectoire individuelle impossible.

Business dans la cité cristallise toute l'ambiguïté de ce projet. Roman, il est des plus quelconques. Document, il ne dit guère plus que ce que l'on a déjà lu ou vu sur la vie des banlieues. Plutôt moins d'ailleurs. Reste donc l'authenticité du dire, semble-t-il assez relative ici [1].

La démarche de la collection est intéressante à long terme, mais l'ambivalent, trop court et définitivement très ordinaire Business dans la cité dessert, à mon avis, les témoignages des gens de rien censés venir étoffer, par la suite, son catalogue.

Chroniqué par Philippe Cottet le 12/04/2014



Notes :

[1] La fiche Wikipedia de l'auteur permet en partie de faire le tri entre réel et fictionnel : Rachid Santaki.

Illustration de cette page : Justin Timberlake dans le clip Cry me a river

Musique écoutée pendant l'élaboration de cette note : Motets de Jean-Sébastien Bach, La Chapelle Royale et le Collegium Vocale dirigés par Philippe Herreweghe (Harmonia Mundi - 1986)