Le chant du converti

L
Sebastian Rotella

Le chant du converti

États-Unis (2014) – Liana Levi (2014)


Traduction d'Anne Guiton

Valentino Pescatore, un ancien policier fédéral amerlocain devenu agent de sécurité en Argentine, est témoin d'une action terroriste d'envergure à Buenos Aires. Dans quelle mesure son ami d'enfance, Raymond Mercer, croisé peu de temps avant l'attentat et converti à l'islam depuis quelques années, y est-il mêlé ?

Valentino et Raymond ont grandi comme deux frères dans un quartier de Chicago avant de s'éloigner l'un de l'autre, à l'âge d'homme, le premier choisissant la voie du droit, le second celle du crime. C'est sur cette séparation que s'ouvre Le chant du converti.

Quand ils se retrouvent dix ans plus tard à l'aéroport de Buenos Aires, rien ne semble avoir changé, ni leur affection réciproque ni ce qui les a opposés. Après avoir intégré les rangs de la Frontalière [1] Valentino était venu chercher l'oubli en Argentine, la patrie de son père, et était devenu agent de sécurité pour le compte de Facundo. Raymond est toujours aussi mystérieux et évanescent, hâbleur et séducteur, insaisissable.

Juste après l'attentat au cœur de la capitale argentine dont Pescatore et son patron vont être les témoins directs, le nom de Raymond occupera une place singulière dans les enquêtes menées simultanément par la police, les services secrets argentins, plusieurs agences fédérales amerlocaines et les Renseignements français. La figure de Mercer émerge rapidement comme celle d'un trafiquant notoire de cocaïne en Bolivie, lié à des personnages que l'on retrouve dans la mouvance terroriste internationale, mais qui fut aussi, un temps, un indic précieux de la D.E.A. [2] et même des R.G. lors de ses séjours en France.

C'est sur la traque de cette personnalité trouble et multiple que Rotella construit son thriller d'action. Comme les vieilles histoires d'espionnage à l'époque de la Guerre froide, Le chant du converti montre plutôt efficacement le terreau complexe dans lequel évoluent terrorisme et antiterrorisme, les double ou triple jeu, les alliances contre nature, les manipulations, nés de la concurrence à laquelle se livrent différents services ou divers groupes. C'est dans ces interstices, ces dysfonctionnements, ces porosités, cette absence de cohérence globale dans les intentions et les moyens de lutte que peuvent se glisser des gens comme Raymond Mercer et ses commanditaires.

Maintenant, pour ceux qui avaient lu et apprécié le formidable Noon Moon de Percy Kemp, Le chant du converti apparaît comme un thriller certes documenté, mais sans aucune subtilité, utilisant clichés et bonnes grosses ficelles [3], à l'écriture lourde et quelconque, qui vaut seulement pour l'étonnant et versatile personnage de Raymond Mercer (en librairie le 4 septembre 2014).

Chroniqué par Philippe Cottet le 14/09/2014



Notes :

[1] Il est le héros du premier roman de Rotella Triple Crossing, également chez Liana Levi.

[2] Drug Enforcement Administration l'agence fédérale chargée de la lutte contre la drogue, présente aux États-Unis, mais également dans les pays producteurs de coca (Colombie, Pérou, Bolivie) et au Mexique, par la frontière duquel la drogue pénètre dans le pays.

[3] Notamment la romance entre la policière française Fatima Belhaj et Valentino dont a besoin Rotella pour justifier la présence de ce dernier – il n'est après tout qu'un civil – tout au long du bouquin est à la fois téléphonée et stéréotypée, sans rendre vraiment crédible sa participation aux séances d'interrogatoire et aux scènes d'actions en France.

On trouvera la même facilité avec le personnage d'Isabel, l'ancienne fiancée fort opportunément devenue numéro deux d'une importante agence fédérale, qui lui permettra de poursuivre son aventure au Moyen-Orient.

Notons également l'intuition de Raymond à Bagdad, afin de ménager la dernière scène (un peu téléphonée quand même) entre les deux anciens amis.

Illustration de cette page : Dans les ruines de l'ambassade d'Israël en Argentine, 1992

Musique écoutée pendant l'élaboration de cette note : The black album de Prince (Warner, 1987) – John Barleycorn Must Die de Traffic (Island, 1970)