Portrait de l'artiste en tueur

P
Gilles D. Perez

Portrait de l'artiste en tueur

France (2012) – Naïve Noir (2012)


Un monte-en-l'air père de famille est amené à tuer dans une maison qu'il cambriole, où il est témoin de choses pour le moins dérangeantes. Un trio d'anciens truands est abattu au cours d'une partie de poker et l'on retrouve sur la scène de crime les portraits dessinés de deux autres hommes. De jeunes lycéens, entre études, amours et défonce, vivent les derniers temps de l'insouciance.

Avec son prologue intrigant et un premier tiers à la narration fragmentée entre plusieurs personnages, Portrait de l'artiste en tueur laissait entrevoir la possibilité d'une histoire différente, tirée au cordeau et servie par une écriture plutôt soignée, cherchant un ton particulier à chaque protagoniste.

Il faut, hélas !, déchanter dès la révélation de l'identité et des motivations du tueur. Nous sommes face à une affaire de vengeance des plus classiques, qui va se couler dans les contraintes ordinaires du genre et, en premier lieu, l'accentuation maximale du contraste entre les deux camps, afin de rendre acceptable – voire totalement justifié aux yeux du lecteur – l'exercice de cette justice privée.

Paco, jeune homme possédant un don pour le dessin, cherche à punir les acteurs du meurtre de son père, auquel il a assisté sept ans auparavant. Tout en rongeant son frein, il a veillé sur sa charmante maman et sur son petit frère, devenu boxeur amateur et adolescent prometteur. Malgré la terrible mission dont il est investi et qu'il accomplit sans état d'âme, il tombera amoureux de l'une des victimes de ceux qu'il poursuit, après l'avoir sauvée dans un élan chevaleresque. On le voit, plus gentil que ce héros-là, tu meurs.

Vieux truands cyniques, médiocre dealer ou hommes de main sans scrupules, les gens auxquels il s'attaque doivent forcément être très méchants, le lecteur ne devant jamais douter de la légitimité de cette vendetta. Perez fait progresser son récit selon le niveau de responsabilité de chacun dans le crime initial, sa dangerosité et le degré de violence dont il est capable auquel correspond celui qu'il faudra employer pour le détruire. Tout ceci alimente donc un crescendo jusqu'à l'élimination du commanditaire de l'assassinat d'Élias – invalide vicieux entouré d'une armée de gardes du corps – qui devrait en être le climax.

C'est pourtant le long passage qui va mener à la mort des deux exécuteurs sadiques et dépravés du père de Paco qui est la scène principale de Portrait de l'artiste en tueur. L'écriture de Gilles D. Perez y est efficace et parfaitement racoleuse, satisfaisant au voyeurisme d'une partie de son lectorat via une succession de péripéties crues et brutales (drogues, duplicité et trahison, humiliation, viols et enfin torture et meurtre). Après l'alliance cousue de fil blanc entre Paco et Simon – flic déclassé décidé à prendre sa revanche sur ses anciens collègues –, l'intrigue frise le grotesque lorsqu'il s'agira de faire payer l'ultime responsable : action médiocre et empruntée, retournement de situation digne des plus mauvais feuilletons [1], sirupeux happy ending.

Des deux instants de réflexion sur la violence placés dans l'ouvrage par ce professeur de philosophie s'essayant au polar, il faut peut-être retenir le second. Plus intégré au fil romanesque, il voit un personnage très secondaire, frère de l'une des premières victimes et lui aussi décidé à obtenir le prix du sang, s'interroger sur la nature de la vengeance et sa nécessité. Sans doute le seul moment d'intelligence et de profondeur de ce Portrait de l'artiste en tueur, roman d'une grande banalité.

Chroniqué par Philippe Cottet le 16/06/2012



Notes :

[1] N'oubliez pas : quand vous voulez vous faire passer pour mort, cessez de respirer !

Illustration de cette page : Colt Python