Kobra

K
Deon Meyer

Kobra

Afrique du Sud (2013) – Seuil (2014)


Traduction d'Estelle Roudet

Plusieurs morts et un citoyen britannique manquant lancent les Hawks sur la piste d'un tueur international qui signe ses crimes de munitions gravées d'une tête de cobra. Benny Griessel prend le commandement d'une enquête sur laquelle se penche rapidement les services de renseignements de son pays, mais aussi ceux de sa gracieuse majesté.

En contrechamp de l'enquête assez classique dont Benny Griessel a la charge – qui était David Adair, ce mystérieux anglais enlevé et en quoi intéresse-t-il le MI6 et les services secrets sud-africains ? –, Meyer suit Tyrone, un jeune métis orphelin et pickpocket, qui détrousse les touristes pour payer les études de médecine de sa sœur Nadia.

Grâce à ce personnage, l'auteur ouvre une fenêtre sur les milieux marginaux de la ville, les escrocs, receleurs et agents de change officieux – souvent des clandestins nigérians ou somaliens – et l'on comprend bien qu'il existe ici, comme partout finalement, un quart-monde que l'on tient éloigné de la richesse des possédants, locaux ou étrangers. Police d'état ou privée, vigiles, caméras scrutent en permanence les zones de contact possible entre ces mondes, mais tout ceci reste plutôt en arrière-plan, comme une nouvelle vision pittoresque de Cape Town.

À cause de son activité, Tyrone devient le grain de sable dans la mission dont était investi Kobra et il va donc croiser la route des Hawks, ralentis dans leur enquête par des pressions venues d'en haut. La certitude qu'ils ont d'être espionnés, manipulés les obligent à redoubler de précautions, jouant avec les procédures et la légalité. Meyer renoue ici avec le questionnement qui était le sien quand il a commencé à écrire : où va l'Afrique du Sud ? Où sont passées ses chances de construire un monde meilleur que l'ancien ? Malheureusement, c'est un peu perdu dans le bruit de fond de l'action et la douleur exprimée par Mbali de voir l'héritage de la lutte confisqué par les nouveaux maîtres du pays, si elle est partagée par ses collègues, est traitée de façon assez accessoire quand même.

Il en est de même des raisons ayant poussé David Adair à trouver refuge en Afrique du Sud. Un lecteur occidental s'intéressant quelque peu à ce qui se passe dans le monde peut-il encore être surpris de découvrir que le système bancaire international sert avant tout à la corruption, l'évasion fiscale, le blanchiment de l'argent sale, à alimenter des réseaux mafieux ou terroristes ou financer les opérations illégales de certains gouvernements ? Ce qu'il en est dit dans Kobra reste donc, dès lors, purement anecdotique.

Deon Meyer possède cependant un talent certain pour construire un crescendo à l'intérieur duquel il ménage des capsules particulières de temps durant lesquelles les événements se précipitent. Cette accélération intervient à plusieurs reprises (carnage du Waterfront, première tentative de Tyrone de récupérer sa sœur, grand final dans les trains de la ville du Cap) augmentant évidemment la tension pour le lecteur, mais l'ensemble se révèle en définitive sans véritable enjeu. Aucun des personnages qu'il nous a rendus sympathiques ne sera finalement affecté – ceux-là ont droit à des blessures dont ils se remettront – et ce sont de simples comparses, des silhouettes à peine entraperçues – gardes du corps, domestiques ou vigiles – qui témoigneront de la férocité des Kobra [1].

Avant tout thriller d'action, Kobra est une mécanique bien huilée, efficace et simple, plutôt addictive, mais que l'on risque d'oublier tout aussi rapidement qu'on l'a lue (en librairie le 9 octobre 2014).

Chroniqué par Philippe Cottet le 04/10/2014



Notes :

[1] Zola Nyathi est également un personnage secondaire.

Illustration de cette page : Le Waterfront

Musique écoutée pendant l'élaboration de cette note : $O$ par Die Antwoord ( Cherrytree Records - 2010) - Donker Mag par Die Antwoord (Kobalt & Zef Recordz – 2014)