En vrille

E
Deon Meyer

En vrille

Afrique du Sud (2015) – Seuil (2016)

Titre original : Ikarus
Traduction depuis l'afrikaans par Georges Lory

Les Hawks sont chargés de découvrir le meurtrier d'un homme d'affaires spécialisé dans la fourniture d'alibis truqués. Malheureusement, traumatisé par le massacre de sa famille accompli par l'un de ses anciens collègues, Benny Griessel, leur enquêteur vedette, s'est remis à boire.

Récemment installé à Stellenbosch, vieille ville afrikaner au cœur du vignoble sud-africain et capitale des Springboks, Deon Meyer a tricoté ce En vrille pour rendre hommage aux produits locaux que sont le vin et le rugby. Un vieux fait divers du temps de l'apartheid lui donnera le but à atteindre, et la confession biographique sur trois générations d'un vigneron servira de plans de coupe et de fausse piste à une enquête mollassonne du côté des nouvelles technologies.

En vrille est un roman d'assemblage faible et assez inintéressant, comme la plupart des dernières livraisons de l'auteur, désormais calé dans une dynamique de production industrielle. C'est amusant de voir que le blurb retenu par les éditions du Seuil est signé de Michael Connelly, autre auteur prolifique de romans devenus passe-partout : « Avec Deon Meyer, on ne peut pas se tromper. » C'est vrai, l'auteur des plutôt bons L'âme du Chasseur ou Les soldats de l'aube ne surprend plus depuis longtemps et on ne peut guère se tromper maintenant en lisant ses parutions : de l'écriture mainstream dans laquelle le romancier ne réussit même plus à insuffler une certaine énergie.

Malgré l'enchevêtrement permanent des histoires, En vrille est d'une platitude confondante. L'enquête officielle, les problèmes d'alcool de Benny, les espérances sexuelles de Vaughn devenu commandant opérationnel pour l'occasion, la confession de Du Toit à son avocate, les mésaventures de Vusi avec les experts forensiques se succèdent dans de courts chapitres qui, comme souvent, ne font pas rythme, ne créent pas de tension et apparaissent comme de coûteuses pertes de temps au lecteur.

Seuls l'histoire de la famille Du Toit et son côté documentaire sur la viti-viniculture sud-africaine retiennent un peu l'attention. Le milieu dont était issue la victime donne lieu à des portraits stéréotypés de geeks et quelques traçouillettes de vocabulaire high-tech pour ne pas effrayer le lecteur lambda. La rechute alcoolique de Griessel, liée à un fort sentiment de culpabilité, prend à la fois beaucoup de place tout en étant accessoire et totalement insignifiante. C'est un grand classique de la littérature de genre qui a été traité bien plus finement que dans En vrille, par exemple chez Lawrence Block (Huit millions de façons de mourir) ou plus récemment Andrew McGahan (Derniers verres). Ici, ce n'est qu'une péripétie dont va se sortir, tout en résolvant l'affaire, le héros.

Venu dont ne sait où dans les dernières pages, le meurtrier est évidemment surprenant, mais cela ne rachète en rien la nouvelle déception que représente En vrille et son sirupeux bouquet final (en librairie le 7 janvier 2016).

Chroniqué par Philippe Cottet le 05/12/2015



Illustration de cette page : Chai

Musique écoutée pendant l'élaboration de cette note : Last train to Lhasa de Banco de Gaia (Mammoth Records - 1995) – Son Of A Bitches Brew de l'Acid Mothers Temple & The Melting Paraiso U.F.O. (Important records - 2012)