Sur la mauvaise pente

S
Graham Hurley

Sur la mauvaise pente

Royaume-Uni (2007) – Folio policier (2011)

Titre original : .
Traduit par Philippe Loubat-Delranc

Le premier train du matin entre Portsmouth et Londres n'a pas le temps d'éviter un corps, enchaîné aux rails à l'entrée d'un tunnel. Difficile d'identifier les restes éparpillés, mais un promoteur immobilier véreux lié à la pègre de la ville vit à proximité de la scène de crime. De quoi enflammer l'imagination du constable Winter, en guerre privée avec le parrain local Bazza Mackenzie.

Sur la mauvaise pente est la septième aventure de Joe Faraday traduite en France [1]. Gros roman de procédure policière, il ravira autant les amateurs du genre que ceux qui ont suivi les précédentes affaires ayant comme cadre la ville de Portsmouth.

Pour les autres, dont je suis, ces presque 600 pages ne laissant dans l'ombre aucun aspect de cet étrange cas pourront sembler bien longues. Non que l'ensemble soit déplaisant, les deux pistes offrant même un dénouement plutôt astucieux relevant d'un humour noir so british. Mais Graham Hurley aborde avec une telle soif de détail, tant l'enquête que la personnalité des policiers, qu'il entrave le rythme de son récit. On rêvait d'un tour en voilier et nous voilà à bord d'un supertanker.

La dynamique de Sur la mauvaise pente – et je suppose celle du cycle – repose sur deux flics que tout oppose. Faraday (qui est sans doute un Chief detective inspector puisque sous la dépendance directe d'un superintendent) est plutôt introverti, scrupuleux, tatillon, droit dans ses bottes, politique... Le constable Winter est un homme de terrain, plus âgé, fonceur, intuitif, vieil adversaire du crime organisé dans sa ville au point de frôler avec lui, en permanence, les lignes de l'accointance passagère. Récemment opéré d'une tumeur au cerveau, il est en tout point imprévisible.

Le modus vivendi sur lequel repose leur entente, tout comme la nature de leur opposition à Mackenzie (professionnelle pour Faraday, essentiellement personnelle pour Winter) ont certainement été explorés dans les ouvrages antérieurs et nous n'en recueillons ici que des bribes. Chaque flic joue sa partition de façon complémentaire, les avancées aventureuses de l'un étant consolidées rationnellement par l'autre. Ce que Hurley réussit le mieux, je crois, c'est montrer comment la hiérarchie utilise l'électron libre Winter pour parvenir à ses fins et comment ceci peut mettre en porte en porte à faux son C.D.I. Revers de la médaille, l'intéressé use et abuse de l'autonomie qui lui est octroyée, ne rendant pas toujours compte de tout à l'appareil policier.

La question de la loyauté entre les deux hommes se pose forcément, qui irait puiser sa source autre part que dans le seul lien de subordination. Elle anime un peu la fin de Sur la mauvaise pente, mais ne réussit guère à effacer cette sensation de pesanteur et de lenteur. À réserver aux amateurs.

Chroniqué par Philippe Cottet le 22/04/2012



Notes :

[1] La série fait l'objet d'une adaptation télévisée française en cours de production. L'action est transportée, de l'autre côté de la Manche, dans la ville du Havre.

Illustration de cette page : Phare à l'entrée du port de Pompey

Musique écoutée pendant l'élaboration de cette note : Ludwig van Beethoven, Fantaisie pour piano, chœurs et orchestre en do mineur (Herbert von Karajan, Egvin Kessin, Berliner Philarmoniker) - Symphonie n°9 ré mineur (Hebert von Karajan, Ludwig van Beethoven, Janet Perry, Agnes Baltsa, Vinson Cole, José van Dam, Berliner Philarmoniker)