Le sang des tourterelles

L
Pauline Delpech

Le sang des tourterelles

France (2009) – Michel Lafon (2009)


1938. Dans un Paris qui essaie de ne pas penser à la guerre qui s'annonce, de jeunes enfants sont atrocement assassinés et mutilés. Barnabé et son équipe enquêtent.

Le sang des tourterelles est le dernier volet d'une trilogie mettant en scène le commissaire Barnabé, créé en 2007 par la romancière Pauline Delpech. C'est un polar mêlant petite et grande histoire, autour de meurtres en série rituéliques qui permettront à l'auteur d'ajouter une dimension horrifico-ésotérique à son récit.

marthe richard - Le sang des tourterellesDelpech apporte une attention particulière à la reconstitution de son Paris d'avant-guerre, usant d'un vocabulaire choisi et parfois précieux. Elle nous fait croiser Cocteau et Max Jacob, le bourreau Deibler ou le vinassier Roussane et, pour la Grande Histoire, Herschel Grynszpan et Ernst vom Rath [1]. C'est un décor à la fois léché et tout à fait superficiel, anecdotique, qui montre toutes ses limites dans l'évocation artificielle et aseptisée du Paris ouvrier et populaire qui ouvre le récit. Je sais cependant que cela contentera le lectorat visé par ce roman.

L'image d'une capitale saisie par la « débauche » et les plaisirs, alors que les périls montent de toutes parts, s'impose toutefois. Ce n'est pas inintéressant mais cela manque vraiment de profondeur [2]. Les motifs liés à l'homosexualité, la prostitution, l'alcool et la drogue sont récurrents, comme pour indiquer une décadence qui ferait le lit du national-socialisme ou de ses épigones sectaires. Barnabé et ses enquêteurs ne sont d'ailleurs pas en reste dans la turpitude, chacun y allant de sa petite perversion. L'alcoolique commissaire, incapable de mener une existence normale compte tenu de son passé, tente quant à lui d'expier sa culpabilité dans une relation sadomasochiste aussi soudaine qu'incongrue.

Dans cette atmosphère délétère, les meurtres de quelques enfants pourraient facilement passer inaperçus. Par chance, les criminels du Sang des tourterelles sont parfaitement stupides et assez aimables. Sans qu'on en comprenne les raisons, ils prennent soin d'assassiner tous les gosses à Paris, dans des endroits fréquentés où les dépouilles seront rapidement découvertes. Ils n'oublient pas évidemment de laisser trainer des indices sur les scènes de crime. Enfin, pour être sûrs qu'on ne les ratera pas le moment venu, ils se signalent à l'attention de la force publique en couvrant le lieu où ils ont élu domicile d'immenses graffitis oranges, noirs et blancs indiquant leur attachement à un culte qui se révélera, bien entendu, satanique [3].

Après une enquête poussive et linéaire, Pauline Delpech fait se rejoindre la petite et la grande Histoire en lançant un Barnabé – comment entre-t-on sans visa dans l'Allemagne de 1938 ? – à la poursuite du meurtrier, dans les rues de Cologne le jour suivant la Reichskristallnacht. Le caractère forcé et irréel de cette dernière partie m'a laissé totalement rêveur. Le sang des tourterelles est, dans tous les sens du terme, un petit roman, qui se lit très vite et que, pour ma part, j'oublierai encore plus rapidement.

Chroniqué par Philippe Cottet le 01/11/2009



Notes :

[1] Le meurtre du second par le premier servit de prétexte au déclenchement de la Nuit de Cristal. Celle-ci est le cadre des dernières pages du roman.

[2] Le sang des tourterelles fait 320 pages mais utilise grande police et larges marges. Du coup, il n'y a pas tant de place que cela pour aller au fond des choses.

[3] Pas de culte satanique à Paris sans un passage obligé par l'église Saint Sulpice, sa ligne rose et son gnomon.

Illustration de cette page : Marthe Richard