Cripple Creek

C
James Sallis

Cripple Creek

États-Unis (2006) – Gallimard Série noire (2007)

Titre original : Cripple Creek
Traduction de Stéphanie Estournet et Sean Seago

Le sheriff Don Lee et son adjoint Turner découvre, dans le coffre de voiture d'un homme arrêté dans la journée pour excès de vitesse, un sac contenant 200 000 dollars. Quand Turner revient au travail le lendemain, l'homme a été libéré par des complices qui ont gravement blessé Don et June, la secrétaire du poste de police. Turner remonte la piste jusqu'à un gang de Memphis dirigé par un certain Jorge Aleché.

Cripple Creek c'est du blues, rien d'autre. Alors ça parle de tout et de rien, de la vie qui passe, des chagrins, des amours, des naissances – même s'il s'agit là d'une famille d'opossums – et de l'exécution d'un condamné. Ça parle de sentiments, quand les sentiments sont tellement puissants qu'il n'y a pas vraiment de mots pour cela, des sourires, des attentions, des bavardages au coin du feu, de ce temps du Sud qui s'égrène lentement, tentant de se faire passer pour la mort des choses.

Cripple Creek - bluesman Derrière cette pudeur, cette âpreté de vie rurale, le Sud résiste. Cripple Creek aussi, surtout, plante les graines d'un éveil au printemps, peut-être, peut-être pas celui-ci, peut-être pas non plus immuable... Val s'en va sur les routes pour ne plus étouffer dans les prétoires, J.T. déménage de Seattle pour donner du sens à son existence, les petits jeunes dans la montagne aussi. Il y a des valeurs dans cette communauté, des connexions invisibles derrière les non-dits. Sous son apparence nonchalante, Cripple Creek vibre, comme ces millions de cigales qui, tous les 17 ans, sortent de leur sommeil et entament le cycle mortel de leur renouveau.

La violence a fait son nid ici. Celle de Turner avait pu s'y apaiser mais, comme l'abus d'alcool, elle coulait toujours dans ses veines. Facile, chaleureuse, puissante, elle se réveille, sort de ses années d'engourdissement pour signifier aux gars de la ville que ce monde est et sera, et devra toujours être respecté.

Cela enclenche un cycle vengeur mais qui s'insère presque naturellement dans ce que chante le blues de Cripple Creek. James Sallis n'y accorde qu'une importance périphérique, les tueurs successifs envoyés par Aleché ne sont pas plus que les nuisibles dont ces campagnards se débarrassent sans en faire une montagne. Il faudra la mort de l'un des habitants pour que quelqu'un de la communauté – James Sallis nous laisse dans l'incertitude la plus totale sur son identité – fasse une dernière fois le voyage de Memphis pour supprimer l'origine du mal.

C'est ce que raconte le blues de Cripple Creek. Si vous n'aimez que les polars rock n'roll, passez votre chemin.

Chroniqué par Philippe Cottet le 15/07/2009



Illustration de cette page : Bluesman