Meurtres pour tuer le temps

M
Akagawa Jirô

Meurtres pour tuer le temps

Japon (1978) – Philippe Picquier (1995)

Titre original : ひまつぶしの殺人 (Hima-tsubushi no satsujin)
Traduit du japonais par Aude Bellenger-Sugai

Dans la famille Hayakawa, la bonne entente repose sur de noirs secrets qu'il va être bien difficile de dissimuler plus longtemps. Dans Meurtres pour tuer le temps, personne n'est vraiment ce qu'il prétend être, à l'exception de Masami, le petit dernier, flic à la limite de l'idiotie et Keisuke, le cadet, qui connait tellement bien la vérité sur tout le monde qu'il s'est engagé dans la carrière d'avocat pour un jour pouvoir défendre frère, sœur ou mère ! La faute à ce nouveau riche, Tachibanagen, Roi du Pétrole au passé plus que douteux, qui rentre au pays les poches pleines de diamants !

Le père ayant disparu en mer lors d'un naufrage simulé pour toucher l'assurance, la famille a dû faire face à la dure réalité de la vie. Ainsi, la mère n'est pas cette charmante commerçante vendeuse de souvenirs mais une redoutable voleuse d'objets d'art. Mika la frangine ne se contente pas de son métier de décoratrice d'intérieur mais fait aussi dans l'escroquerie de haut vol, séduisant les hommes mûrs habillée en lycéenne. Quant à Katsumi le fils aîné, sous ses dehors de journaliste free-lance se cache un tueur à gages sans pitié. Seul Keisuke, maladroit et empoté, connaît les véritables occupations de chacun.

Akagawa Jirō fait converger tout le petit monde de Meurtres pour tuer le temps vers l'hôtel VIP, où vont résider le fameux milliardaire et sa collection de diamants. Les uns auront pour mission de le tuer, d'autres celle de le voler ou de l'escroquer, d'autres enfin de protéger - les akagawa jiro meurtresdiamants pour le flic simplet Masami, la famille pour l'apprenti avocat Keisuke. Les croisements incessants des personnages pour atteindre leurs buts sans se dévoiler, les nombreux quiproquos nés de ces situations, sans oublier la présence d'autres voleurs et d'autres tueurs (dont l'un n'exerce sans autre motivation que d'éviter l'ennui), constituent le moteur de ce roman.

Akagawa traite tout ceci avec des dialogues à l'humour finalement assez discret, s'en remettant à des successions de séquences brèves montrant la confusion qui gagne ce petit monde. Dans cet incessant chassé-croisé, tous les personnages sont trahis par leurs sentiments (Mika, Kastumi et Keisuke tombent amoureux, Kayoko la voleuse à des réflexes de mère s'agissant du "gardien" Masami) et nous sommes souvent très proches du ton de romance de ces séries animées pour adolescents, qui sont semble-t-il les plus grands lecteurs de l'œuvre d'Akagawa.

Restent les révélations de la fin de Meurtres pour tuer le temps qui donnent un cœur noir et amer à ce bonbon très sucré. Étrange...

Chroniqué par Philippe Cottet le 09/12/2006



Illustration de cette page : Temple dans la ville de Fukukoa

Musique écoutée pendant l'élaboration de cette note : La femme chocolat d'Olivia Ruiz