Crimes et délits à la bourse de Pékin

C
He Jiahong

Crimes et délits à la bourse de Pékin

Chine (1996) – L'Aube (2006)


Xia Zhe, jeune spéculateur à la bourse de Pékin, est accusé d'escroquerie. Sans enthousiasme son père, le riche entrepreneur Xia Dahu, charge maître Hong d'organiser sa défense, mais également de l'assister dans ses propres affaires. Un contrat passé avec une riche américaine d'origine chinoise, Madame Sullivan, menace de le ruiner. Hong Jun est rapidement convaincu que les deux Xia sont victimes de manoeuvres visant à les piéger. Toujours aidé par la ravissante Song Jian, maître Hong va plonger dans d'obscures affaires de famille et se retrouvera confronté à des haines anciennes nées lors de la Grande Révolution Culturelle Prolétarienne.

Vivant en Chine et écrivant pour un public chinois, He Jiahong propose des romans divertissants de déduction, fortement teintés de romance, d'affaires de famille, voire de fantastique, dans la lignée d'une certaine littérature populaire. Son héros redresseur de torts est un homme qui, aux yeux du lecteur chinois, représente peut-être un excellent compromis entre modernité, exotisme et classicisme. Maître Hong est un avocat pénaliste important de Beijing, il est encore jeune, beau, intelligent, élégant, indépendant, gagne bien sa vie et est surtout honnête et droit. Son éducation et ses manières sont classiques tout en étant teintées d'une american touch due à son long séjour à Chicago. Il flirte avec sa ravissante secrétaire à la manière d'un Nestor Burma mais reste fidèle à un amour impossible. Enfin, il ne fait pas de politique... Tout ceci peut expliquer l'engouement suscité en Chine par ses livres, qui disposent à présent de leur propre collection.

Le lecteur occidental peut par contre rester quelque peu dubitatif devant un roman comme Crimes et délits à la Bourse de Pékin. Ce qui peut paraître exotique et digne d'intérêt pour le public initial de He Jiahong (qui découvre éventuellement les arcanes de la spéculation boursière ou la vie aux États-Unis par le biais de ce livre) est pour nous – hélas ! familiers de tout ceci –, d'une incroyable fadeur. Comme le parti est pris par l'auteur (autocensure ?) de développer l'intrigue sans jamais aborder - autrement que de façon légèrement allusive - le réel autour des personnages, cette sombre machination reste en apesanteur, dans le décor un peu toc de lieux auxquels on ne croit pas parce que la vie n'y passe pas. Nous sommes dès lors très loin de l'étude de mœurs que l'éditeur voudrait nous vendre.

Du coup, cette vengeance à trois bandes, qui aurait sans doute été délicieuse ramenée aux quelques pages d'une nouvelle ou d'un roman court, est terriblement longue et ennuyeuse. Crimes et délits à la Bourse de Pékin est très loin de l'intérêt des romans précédents de He, notamment Crime de sang et L'énigme de la Pierre Oeil-de-Dragon, pour leur côté fantastique et leur description d'une société, parfois totalement archaïque, au bord de la rupture.

Chroniqué par Philippe Cottet le 13/01/2007



Illustration de cette page : Devant les panneaux de cotation à la Bourse de Pékin

Musique écoutée pendant l'élaboration de cette note : Deux très beaux airs joués au shakuhachi par Fukuda Teruhisa : Mer brumeuse et Nidification des grues enregistrés en 2003.