Menaces sur le shogun

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Dale Furutani

Menaces sur le shogun

États-Unis (2000) – 10/18 (2006)


Alors qu'il visite le chantier de son nouveau château d'Edo, le shogun est visé par un attentat au mousquet qui tue l'un de ses daimyōs. Le rōnin Matsuyama Kaze ayant été vu dans les parages, on le soupçonne d'être le tireur. Tokugawa Ieyasu, qui connait la valeur de cet adversaire et son respect absolu du bushido reste sceptique, mais la poursuite de l'assassin va lui permettre de tester les qualités et capacités de ses nouveaux vassaux pour construire le Japon dont il rêve. Une chasse à l'homme s'organise dans les quartiers de la nouvelle capitale tandis que Kaze continue de rechercher la fille de ses seigneurs, conformément à sa promesse.

Apothéose de la trilogie, Menaces sur le shogun retrouve des accents de romans de cape et d'épée : rebondissements, trahisons, poursuites, combats, balles sifflant aux oreilles du héros et discrets assassins. C'est plaisant comme une lecture d'enfance, avec ce héros incorruptible et invincible qui se débarrasse, en un combat de quelques souffles, d'une armée de tueurs.

Dale Furutani Menace sur le shogun chateau médiéval japonais Avant cela, Furutani construit une première partie dense, truffée de références historiques, qui nous présente ce pays et cette ville tournés vers un futur excitant et inquiétant tout à la fois : changer oui, mais comment ?

Vouloir la paix quand on fit toute sa vie la guerre demande à tous ces samouraïs des efforts d'adaptation et d'imagination que l'auteur aborde, de façon accélérée et condensée. Le shogun est désormais dans l'obligation d'acheter la fidélité des daimyōs ralliés de dernière minute alors qu'il disposait de celle, inconditionnelle, d'hommes de guerre comme Honda. Ces derniers comprennent bien aussi qu'ils doivent impérativement évoluer s'ils veulent continuer de servir leur suzerain et faire encore partie de ce Japon moderne qui se profile à l'horizon.

Diplomatie et contraintes, transfert symbolique de la violence vers la chasse, les duels ou les arts, tout ce que le shogunat va mettre en place et qui forgera en partie les comportements actuels des Japonais est synthétisé ici par Furutani, qui s'intéresse plus quand même à la noblesse qu'au petit peuple. Ce dernier a sans doute peu à perdre dans le changement annoncé, puisqu'il n'a jamais eu grand-chose. Aussi profite-t-il pour l'instant de l'effervescence entourant l'extension de Edo et des flots d'argent que dépensent les daimyōs pour répondre à leur obligation de résidence dans la capitale.

Dans le bouleversement permanent que retrace Menaces sur le shogun, la fidélité de Matsuyama Kaze à son idéal de bushi devient totalement anachronique. Pourtant, Furutani nous montre bien que son samouraï n'est pas arriéré, qu'il pourrait très bien faire partie de ce Japon moderne [1]. Mais ses valeurs morales passent avant tout, elles lui commandent de laver son honneur et venger son seigneur, ouvrant un nouveau cycle de vengeances qui le condamne à une errance sans fin sur les routes. C'est sur des histoires comme celles-ci (par exemple celle des 47 rônins) que se construira une société dont l'ambivalence et l'ambiguïté sont toujours passionnantes à découvrir.

Chroniqué par Philippe Cottet le 01/09/2009



Notes :

[1] En lui faisant inventer – comme il le fit déjà dans le volume précédent pour le système bancaire – l'une des composantes de ce Japon à venir. Ici, il s'agit du kabuki mais Furutani est obligé de tordre la vérité historique. L'interdiction des troupes de femmes édictée par le shogunat Tokugawa ne date que de 1629 alors que l'auteur la situe en cette année 1603. Ce n'est qu'à partir de cette interdiction que les troupes d'hommes vont substituer l'action aux danses lascives des courtisanes, introduisant également le maquillage outrancier et le phrasé exagéré.

Illustration de cette page : Vue du château de Kumamoto (1607)