La promesse du samouraï

L
Dale Furutani

La promesse du samouraï

États-Unis (1998) – 10/18 (2005)


Matsuyama Kaze, dont le seigneur soutenait la cause de l'héritier Toyotomi, fait désormais partie des vaincus et erre à travers le Japon féodal de ce début du XVIIe siècle. Mais il a un but précis : retrouver la fille de son seigneur que sa mère n'a pu se résoudre à tuer lors de la capture du château et qui a été vendue, deux ans auparavant. En chemin, il croise la route d'un étrange seigneur, de bandits impunis, d'un peu loquace marchand de charbon et d'une vieille femme parcourant les routes en criant « vengeance ! »

Deux éléments dominent cette Promesse du samouraï, premier volet de cette Trilogie : l'abondance d'informations délivrées par l'auteur – à la fois mélange de trop plein et de subtil [1] – et le caractère assez moderne du héros, malgré les précautions prises par Furutani.

Chaque roman de la Trilogie du samouraï aborde l'une des composantes de la vie sociale de ce Japon du XVIIe siècle. Il est dévolu à La promesse du samouraï de traiter de la campagne et du monde rural, fruste et rustre tout à la fois. Furutani le montre dominé par l'arbitraire, la violence, la misère économique et la superstition. Il nous éclaire en même temps sur une multitude d'habitudes, de coutumes, de façons de faire, tout ceci dans un minimum de pages et en essayant de ne pas entraver l'action. Certains lecteurs pourront trouver trop maniaque, trop pointilleux le soin apporté à cette reconstitution historique au détriment de l'histoire. Bien sûr, il y a des bagarres, des ruses, des traîtrises et de l'action, mais le finalement faible nombre de personnages ne laisse pas trop de doutes sur le mystère criminel résolu par Kaze.

Dale Furutani La promesse du samuraïDans le même temps, Dale Furutani doit développer l'histoire de son rōnin car elle va servir de fil rouge aux trois volumes de la trilogie. Les années de formation dans la voie, les bouleversements historiques et personnels liés à la défaite de Sekigahara et la personnalité même de Matsuyama Kaze paraîtront très convenus aux lecteurs de Yoshikawa Eiji qui a mis la barre très haut dans son Musashi [2].

Kaze sera cependant un rōnin d'exception pour deux raisons. La première est l'objet de sa quête actuelle à travers le Japon. Contrairement aux dizaines de milliers de samouraïs vaincus qui errent dans le pays en cherchant à s'employer, lui poursuit un but de la plus haute noblesse : satisfaire à la promesse faite à l'épouse de son seigneur de retrouver sa fille, vendue après la défaite. Le motif du chevalier, amoureux platonique de sa dame, et celui de la quête quasi infinie que représente la recherche d'une enfant dans un pays de plusieurs millions d'âmes et en plein bouleversement s'apparentent à une histoire plutôt connue dans nos contrées.

De fait, Kaze sera la personnification – à mon sens un peu trop parfaite – du chevaleresque. Homme d'épée, il est aussi un homme de culture accompli, comme le montre les discussions qu'il tient avec Manase. C'était bien sûr le but que se donnaient certains samouraïs [3]. On se demande quand même où il a bien pu trouver le temps pour s'initier à tout cela, en plus du sabre, lui qui vient seulement de dépasser la trentaine et qui était au service d'un seigneur dans une époque de guerre [4].

L'autre aspect un peu étonnant de la personnalité de Matsuyama Kaze, qui en fait un rōnin inhabituel, est son côté sarcastique, à la façon d'un détective privé désabusé jouant sur les mots et les double sens. C'est souvent drôle et cela permet à Furutani de souligner le ridicule de certains comportements. Mais c'est aussi l'expression d'une personnalité individualiste, critique et distante que j'ai du mal à imaginer éclore dans l'éducation qui a été celle de Kaze et surtout dans cette époque. Il n'en reste pas moins que tout ceci se lit avec plaisir et aisance.

Chroniqué par Philippe Cottet le 01/09/2009



Notes :

[1] Par exemple, Kaze surprend dans la forêt la répétition du Dōjōji, pièce traditionnelle du nō par le seigneur Manase. Le thème de cette pièce est la jalousie (et l'envie) ce qui correspond parfaitement à la nature profonde de cet homme telle qu'elle apparaîtra dans les ultimes pages du roman.

[2] Connu à coup sûr par Furutani qui, consciemment ou non, en reproduit des caractères et des situations. Grand-mère aînée lancée à la poursuite d'un homme dont elle veut tirer vengeance est la copie conforme de la vieille Osugi chez Yoshikawa.

[3]Si l'on en croit le Gorin no shō, le samouraï doit « embrasser tous les arts et non se borner à un seul et connaitre la Voie de chaque métier, non se borner à celui que l'on exerce soi-même ».

[4] D'autant qu'on le verra quasiment créer la lettre de change et l'embryon du système bancaire japonais dans le roman suivant.

Illustration de cette page : Masque du théâtre nō