Niceville

N
Carsten Stroud

Niceville

États-Unis (2012) – Seuil (2013)


Traduction de Josée Kamoun et Olivier Grenot

Un jeune garçon disparait sans laisser de traces. Quelques jours plus tard, sa mère adoptive en fait de même. Un an après, l'enfant réapparait dans une tombe antique scellée tandis que trois hommes qui ont cambriolé une banque et fait un massacre parmi les flics qui les poursuivaient commencent à s'entretuer pour le partage du butin, dans lequel se trouve un objet convoité par le gouvernement chinois.

Construit au pied d'un lugubre massif calcaire portant en son centre un lac [1] insondable et mystérieux de fort mauvaise réputation, Niceville est un bled de Virginie de moyenne importance, avec son cimetière des Confédérés, ses légendes du Sud, ses superstitions indiennes et ses vieilles familles fondatrices qui se détestent pour des raisons oubliées de tous.

Un peu comme on nous l'imposait à la cantine lorsque j'étais enfant, Carsten Stroud met tout le repas dans la même assiette, la soupe de l'entrée et le dessert sucré, la purée mal écrasée et les morceaux de viande, maigres et gras, d'inégale saveur. Niceville donne l'impression de vouloir ratisser large, depuis l'amateur de romans gothique ou d'horreur jusqu'à ceux d'espionnage et d'action violente. Stroud construit son récit en passant d'un univers à l'autre, laissant suspendu son lecteur à un cliffhanger durant trois ou quatre chapitres le temps de faire avancer ses autres thèmes.

Tous, bien sûr, doivent converger à un moment donné, mais comme une grande partie de l'histoire relève du surnaturel, on s'interroge jusqu'au bout sur la nature de ce que l'on est en train de lire. Les méchants sont astucieusement et totalement artificiellement punis (ou en passe de l'être), plein de choses finalement inutiles ont encombré Niceville et seront absorbées sans réponse dans la partie vengeance et fantômes de cette histoire. Le Mal – présent depuis la nuit des Temps et qui plomberait la ville – a bon dos.

Cinq cents pages, un peu plus de quatre heures de lecture, un style passe-partout, un humour rare et pesant, des incohérences gênantes et des impasses narratives énervantes. Niceville reste acceptable si vous êtes fan de ce type de littérature (du sous King ?) ou avez du temps à perdre lors de vacances moins ensoleillées que prévu.

Chroniqué par Philippe Cottet le 23/06/2013



Notes :

[1] Un massif calcaire portant un lac profond, c'est du genre plutôt étrange, géologiquement parlant, non ?

Illustration de cette page : Tombe en Virginie

Musique écoutée pendant l'élaboration de cette note : Debut de Them Crooked Vultures (2009)