La fille qui avait de la neige dans les cheveux

L
Ninni Schulman

La fille qui avait de la neige dans les cheveux

Suède (2010) – Seuil (2013)


Traduction d'Eva Sauvegrain

À Hagfors, une petite ville du Värmland, une adolescente est abattue par un homme inconnu devant une maison de vacances, la veille du Nouvel An. Le meurtrier, paniqué, la cache dans la cave. Deux jours plus tard, des parents inquiets de la disparition de leur fille préviennent la police.

La fille qui avait de la neige dans les cheveux est centré sur le personnage de Magda, une quadragénaire qui a fui Stockholm après son divorce et s'est repliée, avec son fils Nils, sur sa ville natale. De son emménagement à la redécouverte de l'amour dans les bras de Petter, en passant par la gestion tumultueuse des relations avec son ex-mari, Ninni Schulman ne nous épargne pas grand-chose des émois de son héroïne, dont le petit cœur palpite quand Petter like un statut sur son mur Facebook ou l'inonde de textos sirupeux qu'on imagine remplis de

Seulement voilà, Magda est la rédactrice en chef de la feuille de chou locale. Dans une ville de 5 000 habitants, son rôle est surtout de couvrir les centenaires de la maison de retraite ou la prestation de la chorale paroissiale pour le compte du bureau national de son journal. La disparition de la jeune Hedda tombe à pic pour démontrer ses qualités d'investigatrice, d'autant que – coïncidence géniale – Christer, le flic chargé de l'affaire, est un ami d'enfance.

Ce dernier fait équipe avec Petra Wilander, l'autre femme clé de La fille qui avait de la neige dans les cheveux. Intelligente, équilibrée, menant une vie de famille saine à l'opposée de celle de Magda, elle ne parvient pourtant pas à faire avancer comme elle le souhaiterait la double enquête échue au poste de police d'Hagfors.

Coup de chance ! Magda, qui aide sa copine Jeanette (qui est aussi sa coiffeuse et a particulièrement bien réussi son balayage) à mettre de l'ordre dans les affaires de son grand-père décédé, tombe pile-poil sur le nid des méchants (un réseau de prostitution de jeunes moldaves) ! Le scoop et la résolution finale de l'affaire ne sont pas très loin, mais il reste encore une centaine de pages à occuper, donc on aurait dit que les méchants disparaissent, mais qu'ils ont vu que Magda les avait vus et que, même, ils la menacent si elle continue de les embêter. Alors Magda, sur son petit nuage amoureux et professionnel, que même elle continue pour décrocher son scoop et faire éclater la vérité et que les méchants alors, ils l'attaquent... Même qu'elle serait sauvée in extremis – pas par Petter, ce serait un peu trop nunuche quand même – mais son voisin, le père de Christer, qui se rachète ainsi parce qu'il était client des prostitués moldaves à cause de ce que sa femme elle était gentille mais vieille. C'est beaaaaau.

Un pied chez Harlequin, l'autre dans le cousu de fil blanc, La fille qui avait de la neige dans les cheveux est représentatif de la gentrification du genre policier. Dans la veine des romans de Camilla Läckberg ou d'Helene Tursten, Ninni Schulman propose un produit insipide, sans inspiration, centré sur le domestique à l'instar des journaux féminins (adolescente dépressive ou faisant son coming-out, désintérêt sexuel du conjoint, ex-mari parti avec une jeunette à qui il fait un enfant, etc.) et qui offre aux lectrices qui composeront sans doute la majorité de son public, une battante romantique (Magda) et une épouse professionnellement douée, équilibrée et tolérante (Petra) bien rassurantes (en librairie le 10 mai 2013).

Chroniqué par Philippe Cottet le 19/05/2013



Illustration de cette page : Maison de vacances à Hagfors

Musique écoutée pendant l'élaboration de cette note : Random access memories de Daft Punk (2013 - Columbia)