Fin d'Amérique

F
Damien Ruzé

Fin d'Amérique

France (2013) – Krakoen (2013)


Le corps d'un acteur porno est retrouvé dans le coffre d'une voiture ayant servi à un braquage, au cours duquel une fillette a été gravement blessée. Le lieutenant Zollinger mène l'enquête.

Fin d'Amérique est un polar orienté action, du genre qu'on lit sans vraiment réfléchir. Zollinger est le flic solitaire qui a du mal avec l'autorité, a eu des problèmes avec sa hiérarchie pour avoir trop goûté la marchandise quand il travaillait aux Stups, et qui se retrouve exilé du côté d'Orléans, pas loin de ces terres de chasse où son goût pour le gibier peut s'épanouir [1].

En arrière-plan de cette histoire bourrée de testostérone, on trouve une combine politique et financière dans laquelle aurait trempé le sieur Lagardière, grand bourgeois père de l'acteur décédé, plusieurs fois ministre et homme d'affaires redoutable qui a tenté d'entourlouper des associés d'Europe de l'Est pas forcément fréquentables. Ruzé Damien – Fin d'AmériqueCe que Zollinger ramasse dans la campagne solognote, ce sont les avertissements que ces derniers adressent à Lagardière afin de le ramener à la raison.

Je dois avouer n'avoir pas accroché du tout – forme et fond – à ce Fin d'Amérique. Le langage – mélange d'argot ancien et nouveau, de verlan, d'abréviations, d'insupportables anglicismes – qui court tout au long de ce récit férocement linéaire, distille l'ennui, là où l'effet de réel était sans doute recherché.

Marié à des phrases souvent courtes, cela donne évidemment un rythme particulier au roman, mais la langue est pauvre, au service d'une intrigue qui n'est pas sans failles si effectivement on lit en réfléchissant un peu. La présence permanente de ces grands bourgeois dans leur résidence de Sologne m'apparait tout à fait inexplicable. La scolarisation de leur enfant dans une classe unique de cambrousse – qui plus est celle où enseigne la copine du flic – encore plus douteuse. L'absence de réaction de Lagardière après la première alerte (il ne fait pas intervenir ses nombreux réseaux, il ne met pas les siens à l'abri, il n'embauche pas une cohorte de gardes du corps) semble peu conforme avec le portrait qu'a fait de lui le commissaire Ferrand, ni avec ce que l'on attend d'un prédateur politico-industriel. Cette famille joue ici le rôle de la chèvre, autour de laquelle tournent les tueurs, après qui court le flic. Trop facile...

Zollinger, héros inaltérable qui vient pratiquement seul à bout des méchants tout en étant le centre d'attraction sexuel des quelques femmes présentes (sa copine institutrice, sa partenaire qui ferait tout pour lui, la grande bourgeoise prête à le chevaucher pour oublier ses malheurs, la jeune juge d'instruction qui l'a à la bonne) est un prototype de policier bien trop connu qui accentue les défauts d'ensemble de ce premier roman. Tenant le devant de la scène la presque totalité des 370 pages de Fin d'Amérique, il n'est à peu près intéressant et sympathique que dans son rapport à la chasse et au gibier ou quand il cite René Char. C'est peu.

Chroniqué par Philippe Cottet le 08/11/2013



Note :
[1] La scène de dépeçage du sanglier ravira Yan Lespoux, du blog Encore du Noir, célèbre exterminateur de cochons sauvages.

Illustration de cette page : Sanglier