Metzger voit rouge

M
Thomas Raab

Metzger voit rouge

Autriche (2008) – Carnets Nord (2014)


Traduction de Corinna Gepner

Sous les yeux de Willibald Metzger et de sa dame de cœur Danjela Djurkovic, le gardien remplaçant de l'équipe de foot local, après avoir subi durant une mi-temps les insultes racistes des supporters du fait de son origine africaine, décède sur le terrain après la pause. Victime d'un refroidissement, le restaurateur reste au lit tandis que la bouillonnante concierge, qui doute de la mort naturelle du joueur, enquête et se fait violemment agresser.

Dans Metzger voit rouge, ce n'est pas tant la mort du goal remplaçant que sa propre situation amoureuse qui préoccupe le héros, et surtout la nature de son engagement avec Danjela. Car le printemps est là ! Le besoin de renforcer les liens par un échange de clés devient insistant chez la gardienne de l'ancien lycée de Willibald, qui ne semble pourtant pas prêt à troquer le confort de ses petites manies de célibataire contre une présence féminine permanente et non contrôlée.

Ce n'est donc qu'accessoirement que Metzger voit rouge va se teinter d'une coloration policière, la curiosité djurkovicienne l'ayant amenée dans un lit d'hôpital et un coma inquiétant, obligeant notre restaurateur à sortir de sa routine. D'abord en s'impliquant davantage dans le quotidien de son aimée – prendre en charge son chien, ses plantes vertes, son amitié avec la très cassante Zusanne Vymetal –, puis en assurant la relève pour découvrir l'agresseur de Djanela et, de fil en aiguille, l'assassin du gardien de but.

Si le motif policier est présent, s'il est construit sur une machination plutôt diabolique dont on ne comprend l'ampleur qu'à la toute dernière page ou presque, il reste finalement assez discret et en arrière-plan. Même si Thomas Raab nous fait un état des lieux du milieu du football autrichien, gangréné comme dans toute l'Europe par l'argent et le comportement raciste et belliqueux d'une poignée de supporters – nous savons depuis le premier opus que l'auteur n'a pas vraiment la langue dans sa poche quand il s'agit de fustiger ses contemporains et leur bêtise et quoi de plus éclatant que celle de ces fans bas du front et crâne rasé ? –, Metzger voit rouge enchaine surtout les digressions domestiques, traits d'humour et autres considérations sur le monde de son héros. C'est souvent très amusant, mais cela m'a semblé beaucoup moins percutant – ou peut-être plus gratuit ? – que dans Metzger sort de son trou.

Pas tout à fait policier et sûrement pas “ noir ”, Metzger voit rouge apparait comme un roman de transition, à la fois acerbe et lénifiant, créant autour de cet enquêteur dilettante un environnement amoureux et amical qui s'avèrera peut-être prometteur.

Chroniqué par Philippe Cottet le 11/11/2014



Illustration de cette page : Tabernacle baroque

Musique écoutée pendant l'élaboration de cette note : This One's for Blanton de Ray Brown et Duke Ellington (1972 - Original Jazz Classics)