Homme sans chien

H
Håkan Nesser

Homme sans chien

Suède (2006) – Seuil (2013)


Traduction d'Esther Sermage

Venu sans enthousiasme à Kymlinge fêter l'anniversaire conjoint de son père Karl-Erik et de sa sœur aînée Ebba, Robert, sujet de honte familiale et de risée nationale après s'être masturbé devant les caméras d'un reality-show, disparait mystérieusement. Le lendemain c'est son neveu, Henrik, le fils d'Ebba, qui manque à l'appel après avoir informé son frère qu'il devait rencontrer quelqu'un durant la nuit.

Homme sans chien est la première histoire mettant en scène l'inspecteur Barbarotti, le second héros récurrent créé par l'écrivain Håkan Nesser après le commissaire van Veeteren.

Le ton de ce roman, qui commence par le rêve de l'un des personnages hésitant entre sa propre mort et celle de son conjoint, est tout d'abord plutôt drôle et acide. La phase d'exposition qui dure presque deux cents pages permet au romancier de faire le tour de la famille Hermansson, d'en chahuter l'image tout en dévoilant pas mal de souffrances et de haines recuites.

Face au diktat de son époux d'abandonner son existence en Suède pour une retraite dans un inconnu ensoleillé et andalou, Rosemarie déprime, contemplant de façon grinçante le ratage de sa vie entière. Elle déteste son mari pour qui elle n'a jamais compté, elle déteste ses deux filles et n'éprouve un peu d'amour que pour son fils Robert, l'alcoolique, le loser, la honte de la famille. Karl-Erik n'aime que lui-même et celle qui lui ressemble, Ebba, la perle, l'étudiante parfaite devenue chirurgien et médecin-chef, mal mariée à Leif, vendeur au rayon charcuterie d'un supermarché qui s'était fait passer pour un juriste afin de la sauter et, naturellement, l'engrosser sans l'avoir voulu. Enfin Kristina, la petite dernière, qui semble avoir trouvé un peu de stabilité dans son union avec Jacob, un producteur à la télévision nationale plus âgé qu'elle, dont la condescendance est assez mal perçue par le reste des Hermansson.

Nesser va explorer les liens, les animosités, les non-dits, le manque d'amour entre ces personnes jusqu'aux disparitions consécutives de l'oncle et du neveu. Le ton drôle et caustique de ce début d'Homme sans chien peut désormais passer sur le personnage de Gunnar Barbarotti, inspecteur de police divorcé, pas forcément déprimé ni alcoolique et plutôt têtu. En cette moitié du roman, le lecteur sait parfaitement ce qui s'est passé. Ce que va montrer désormais le récit, à travers le piétinement de cette enquête qui dure plus d'une année et qu'encouragent les mensonges et les oublis des uns et des autres, c'est l'implosion des Hermansson face au doute et à la souffrance nés de l'absence de Robert et d'Henrick.

Construit comme certains bons whodunit à l'anglaise, Homme sans chien se révèle être aussi intéressant comme étude de mœurs de cette petite bourgeoisie suédoise que comme drame criminel. Le talent d'Håkan Nesser pour créer ce mélange doux-amer jusqu'à la profonde noirceur du final est assez bluffant (en librairie le 2 mai 2013).

Chroniqué par Philippe Cottet le 20/05/2013



Illustration de cette page : Vue de Göteborg

Musique écoutée pendant l'élaboration de cette note : Yellow Magic Orchestra USA de Y.M.O. (Epic - 1978)