2620

2
Jack Narval

2620

France (2010) – Pavillon noir (2010)


Dans un futur indéterminé où les humains se reproduisent essentiellement par des moyens de procréation assistée, une fillette est enlevée au milieu de la nuit et la maison de ses parents détruite. Quelque temps plus tard, lors de l'enterrement d'un homme, un van tente d'écraser sa veuve après qu'un homme ait été vu parlant avec la fillette du défunt. Pour les enquêteurs, un lien semble se dessiner entre les deux affaires.

2620 semble vouloir prolonger la thèse développée par Richard Dawkins dans le milieu des années 1970 [1], à savoir que l'individu ne serait que le véhicule de ses gênes, qui parviennent toujours à la meilleure stratégie pour passer – éventuellement adaptés – de génération en génération. Pour transformer cela en polar, il suffit de porter cette exigence au niveau de la conscience des personnes, c'est-à-dire les faire intervenir dans le monde – y compris de façon criminelle – dans le but unique d'assurer la duplication de leur patrimoine génétique (ce qui accentue cependant un peu plus le caractère anthropomorphique tant contesté de la théorie). C'est ce que fait Jack Narval dans ce premier roman, à travers les comportements de M. Yves, qui est capable de théoriser ses actes en ce sens, ou de Claire Doltès, dont il incombera aux policiers de retracer le cheminement, mais qui agit de même.

Que la thèse du gène égoïste de Dawkins, qui est plus que controversée, puisse donner matière à polar ne me gêne nullement. Le problème est que 2620 est un mauvais livre, sans vision, lourd, linéaire et ennuyeux, sans rythme ni tension et au style médiocre. Tous les reproches que je faisais à l'exécrable Sang pour sang peuvent lui être faits.

Pour les besoins de son histoire – la problématique de la reproduction généralisée des générations par des procédés médicalement assistés – Jack Narval est obligé de la situer dans un futur auquel il est incapable de donner une quelconque consistance, tout comme Paladini ne pouvait nous offrir un crédible New York des années 60. L'auteur de 2620 y va bien de quelques malheureux gadgets (le bracelet de paiement, les animaux cybernétiques, les naissances éprouvettes, etc.) censés nous faire entrevoir l'avenir, mais cela est désolant de naïveté. D'autant que les structures politiques, les façons de vivre et les comportements qu'il met en scène sont toujours ceux de notre époque. Et qu'ils sont, quand on voit, par exemple, ses deux flics ou son Mr Jean, des plus stéréotypés. Dialogues comme situations sont d'une affligeante pauvreté car il n'y a ici aucun développement des personnages, aucun intérêt pour eux de la part de Narval, trop préoccupé peut-être par son twist final.

Tous sont là, au service d'une mécanique romanesque transparente faite de coïncidences exagérées, d'intuition et d'intelligence du contexte totalement irréelles [2]. Du coup toute l'intrigue, y compris l'inévitable complot (mené par la société P & F, leader mondial de la procréation mais qui ne ressemble même pas à une PME familiale) est, au mieux, nébuleuse, tortueuse et inutile, au pire risible.

Chroniqué par Philippe Cottet le 03/10/2010



Notes :

[1] « Nous sommes des machines à survie, des robots programmés à l’aveugle pour préserver les molécules égoïstes connues sous le nom de gènes. »

[2] Arnaldur Indridason avait parfaitement mis en perspective, dans La Cité des Jarres ces questions de filiation et la problématique scientifique, économique et politique de cette connaissance des gènes.

Illustration de cette page : Fécondation in vitro

Musique écoutée pendant l'élaboration de cette note : Three Or Four Shades Of Blues de Charles Mingus (1977)