Pain, éducation, liberté

P
Petros Markaris

Pain, éducation, liberté

Grèce (2012) – Seuil (2014)

Titre original : Ψωμί, Παιδεία, Ελευθερία
Traduction de Michel Volkovitch

Janvier 2014. La Grèce a abandonné l'euro, mais le retour à la drachme n'empêche pas la misère de s'étendre. Les flics de la police criminelle, qui ne vont pas être payés durant trois mois, doivent se pencher sur un nouveau meurtre étrange.

Dernier volet de la trilogie que Petros Markaris consacre à la crise en Grèce, Pain, éducation, liberté s'attache particulièrement au ressentiment qu'éprouvent les jeunes générations à l'égard de ces aînés qui avaient vaincu la dictature des Colonels et s'étaient emparés, au retour de la démocratie, des différents leviers de commande.

La misère a fini par toucher la famille Charitos, mais grâce à la prévoyance et l'ingéniosité d'Adriani, elle n'affecte vraiment que son mari, condamné à abandonner sa voiture pour les transports en commun. L'extrême droite tient la rue, s'en prenant régulièrement aux immigrés, mais seulement dans le but de montrer sa force, car la Grèce est bien trop pauvre pour renvoyer chez eux des gens qui n'ont plus rien.

Katérina, la fille de Kostas, et son associée Mania organisent, avec les moyens du bord, une résistance pacifique à la violence de cette société en ruines, qui dépasse leur projet initial d'aide aux drogués. Le communiste Lambros Zissis contribue, avec une rigueur et une discipline inspirée tant par sa formation politique que par la vie dans les camps où il fut détenu, à l'animation d'un foyer pour sans-abris où se déploie encore une vraie solidarité.

L'enquête criminelle de Pain, éducation, liberté est clairement construite pour dénoncer les politiques et leurs amis issus de la génération Polytechnique, quand un mouvement étudiant réprimé par l'armée avait précipité la chute de la junte des Colonels. Les trois victimes sur lesquelles bute Kostas Charitos sont des “ héros ” de cette période, à qui les Grecs ont accordé leur respect et leur confiance. Ce que le ou les assassins souhaitent montrer, c'est la dérive affairiste de cette génération et sa contribution au désastre actuel. Sous leurs dehors estimables, Charitos découvrira bien une vérité peu reluisante.

Bien qu'intéressant, Pain, éducation, liberté possède un côté répétitif et un peu artificiel qui en fait le livre le plus faible de cette trilogie. Celle-ci reste néanmoins un document éclairant sur cette crise terrible que traverse le peuple grec.

Chroniqué par Philippe Cottet le 09/03/2014



Illustration de cette page : Un char dans les rues d'Athènes en novembre 1973

Musique écoutée pendant l'élaboration de cette note : Stabat Mater d'Antonín Dvořák (Coku, Pokupic, Engerer, Equilbey - Naïve, 2008)