Liquidations à la grecque

L
Petros Markaris

Liquidations à la grecque

Grèce (2010) – Seuil (2012)

Titre original : Ληξιπρόθεσμα Δάνεια
Traduction de Michel Volkovitch

Alors qu'il vient juste de changer de voiture et de marier sa fille, le commissaire Charitos doit s'occuper d'un mystérieux assassin qui choisit ses victimes dans les milieux financiers et les décapite à l'épée. Cela fait désordre dans un pays dont on annonce régulièrement la faillite, d'autant que des affiches invitant la population à ne plus rembourser ses emprunts, à boycotter le crédit et toutes les opérations bancaires font leurs apparitions.

Il y a bien sûr quelque chose de jouissif à lire ce Liquidations à la grecque qui tient autant à la personnalité détestable des victimes qu'aux intentions du meurtrier inconnu.

Alors que la crise est omniprésente dans le livre, depuis les manifestations quotidiennes bloquant les rues d'Athènes jusqu'aux coupes sombres évoquées – pertes de primes, augmentation de l'âge du départ en retraite, diminution des pensions – pour “ purger ” le pays de ses mauvaises habitudes, selon la sacro-sainte doxa libérale, les banquiers et leurs séides sont une cible propitiatoire parfaite pour le lecteur. Markaris, pourtant, est assez équilibré dans son approche, car il ne néglige pas de rappeler la boulimie de crédits qui s'est abattue sur la péninsule grecque et ses habitants, cette valse de l'argent facile dans laquelle beaucoup sont entrés, la difficulté des Grecs à payer l'impôt, les opérations de cavalerie dans lesquelles seuls ceux qui tiennent les cordons de la bourse se sont finalement goinfrés.

Charitos est le Candide, le guide idéal dans ce milieu de sociétés-écrans, de paradis fiscaux et de lendemains qui déchantent pour ceux qui n'en sont pas. Nous bénéficions du coup de toutes les explications qu'il se doit de quémander pour comprendre ces meurtres ce qui nous permet de situer, en partie, les enjeux de société de la crise actuelle. Si Liquidations à la grecque omet de parler de la responsabilité directe des politiques qui ont gouverné le pays depuis quinze ans, il montre parfaitement leur docilité totale à l'égard de la finance. Par exemple lors de la réunion avec les représentants des banques dans le bureau du ministre, ou quand ceux-ci, un peu plus tard, insistent sur l'arrestation rapide du Robin des banques après son appel à la désobéissance, bien plus dangereuse pour eux qu'une tête coupée.

La prégnance de l'Europe dans les affaires nationales fait également l'objet d'un certain nombre de remarques, souvent acides et fort drôles, surtout dans ce qu'elles ont de condescendant à l'égard du peuple grec. Les motifs livrés par le meurtrier lors de son arrestation sonnent comme un rappel que ceux qui ont fauté – les financiers, les investisseurs – devraient payer plutôt que donner des leçons aux autres. Chose qu'ont parfaitement su faire les Islandais, mais que les Grecs, les Portugais, les Espagnols, engoncés dans leurs obligations européennes, ne pourront sans doute pas réaliser.

Liquidations à la grecque est mené sur un rythme endiablé avec, pratiquement à chaque page, un personnage qui râle en racontant sa situation et l'avenir noir qui se profile pour lui. Jamais Markaris ne montre un peuple résigné [1] et, rien que cela est une grande leçon pour ceux dont le tour ne manquera par d'arriver (en librairie le 20 octobre 2012).

Chroniqué par Philippe Cottet le 21/10/2012



Notes :

[1] Le suicide du voisin des Charitos est une exception.

Illustration de cette page : Manifestants à Athènes