L'empoisonneuse d'Istanbul

L
Petros Markaris

L'empoisonneuse d'Istanbul

Grèce (2008) – Seuil (2010)

Titre original : Παλιά, Πολύ Παλιά
Traduction de Caroline Nicolas

Pour oublier leur déception – surtout celle de Madame – causé par le mariage civil de leur fille unique, le couple Charitos se rend en voyage à Istanbul. Ils entrent là en contact avec les derniers représentants de la communauté grecque orthodoxe : les Roums. Le fatal déclin de celle-ci est troublé par une meurtrière âgée et rancunière, qui oblige le commissaire Charitos à collaborer avec une police turque méfiante.

Pour prendre pleinement plaisir à cette Empoisonneuse d'Istanbul, il faut sans doute bien connaître cette famille Charitos, dont les aventures sont, nous dit-on, très appréciées en Grèce et en Allemagne et accepter une ballade nostalgique pas forcément très palpitante au cœur d'une communauté en voie de disparition.

Markaris revisite les lieux et les sensations de son enfance, dans un curieux mélange ethnographique (pour les composantes culturelles de cette communauté Roum et les difficultés de sa survie au cours de l'histoire), et touristique, que va venir innerver un récit criminel lent et sans véritable rythme. Le couple Charitos peut amuser quelques instants, elle autoritaire, dominatrice, gardienne de valeurs que sa fille – résolument moderne – n'entend pas perpétuer, lui coincé entre les deux femmes de sa vie et naviguant entre leurs impératifs contradictoires, jouant faussement la soumission totale à son épouse et trouvant un exutoire dans ce métier qui le passionne.

L'empoisonneuse d'Istanbul propose quelques portraits secondaires intéressants, notamment ceux qui permettent à Markaris d'éclairer la condescendance des touristes grecs à l'égard de leurs voisins turcs. Rien de vraiment convaincant cependant.

Chroniqué par Philippe Cottet le 05/09/2010



Musique écoutée pendant l'élaboration de cette note : Moving out Rollins, Monk, Dorham en 1954 (réédition Prestige 2009)