Les Louchetracs

L
Jean Mariolle

Les Louchetracs

France (1969) – La manufacture de livres (2009)


André Monvoisin, dit Le Vieux rêve de monter un gros coup avant de dételer. En attendant, avec ses associés Serge, Max et Pierrot, ils réussissent un joli casse qui leur permettra de patienter. L'occasion se présente de faire entrer un complice dans l'une des plus grosses bijouteries de la place Vendôme et le plan se met en place. Pierrot, qui claque toute sa fraiche dans les bourrins, se fait serrer par les cognes alors qu'il était monté sur un braquage de banque avec une autre bande, compromettant l'affaire.

Après Le Hotu, la Manufacture de Livres réédite Les Louchetracs, témoignage d'une écriture et d'une langue que le polar contemporain a, peu à peu, exclu de ses pages.

Citroën DSOn montera d'abord dans ce bouquin pour la jactance. Cela fait des piges qu'on n'a pas entendu jaspiner cette bigorne des voleurs, dans un bavard ou sur une toile. Un vioque comme moi, môme de la Butte à la fin des années 50, biche forcément ça, même si la langue ici est beaucoup plus utilitaire que métaphorique [1]. Les Hommes dont Jeannot l'Écrivain raconte l'histoire sont des malfrats, pas des poètes. Ils ont besoin de précision pour monter leurs coups, pas d'allégories, parce qu'un jacquot, c'est pas en lui récitant du Baudelaire qu'on peut le délourder. Et leurs gisquettes comprendront toujours mieux une torgnole qu'un sonnet ou un bouquet de fleurs.

Bien entendu, cette langue est datée et elle peut éventuellement rebuter certains jeunots. Elle joue tout à fait son rôle de jargon, isolant les affranchis du reste du monde, même s'il s'agit désormais d'une chose figée, dépassée par les nouvelles habitudes argotiques.

L'histoire, elle, est intéressante parce qu'elle semble se situer à un tournant des pratiques du grand banditisme. Il en faut maintenant plus dans la ciboulot que dans les balloches pour réussir. Des gars comme Max, Pierrot ou encore la bande du Frippé, sont des chiens fous, la pogne toujours sur le flingue. Flambeurs, imprudents, les flics n'auront plus qu'à se baisser pour les poisser, demain, dans une semaine, dans un an. Le Vieux, c'est autre chose : une tronche, capable de penser, de peser les risques, de mêler l'arnaque et la psychologie à la manière forte.

Le casse de la bijouterie qui clôt Les Louchetracs est un modèle du genre, aussi finaud et moderne qu'un Ocean's eleven sans être aussi trépidant. Quant au final que nous réserve Jeannot Mariolle il est, en quatre mots seulement, un hilarant pied de nez à ce monde où rien finalement ne compte autant que sa pomme.

Chroniqué par Philippe Cottet le 15/10/2009



Notes :

[1] Comme elle peut l'être chez Simonin et, encore plus chez Dard ou Vautrin.

Illustration de cette page : DS 21

Musique écoutée pendant l'élaboration de cette note : The Seeds of Love de Tears for Fears (Mercury - 1989)