L'enfer est au bout de la nuit

L
Malcolm Mackay

L'enfer est au bout de la nuit

Royaume-Uni (2015) – Liana Levi (2016)

Titre original : Every Night I Dream of Hell
Traduction de Fanchita Gonzalez Battle

Peter Jamieson sous les verrous, un groupe venu d'Angleterre, qui connait parfaitement les rouages de son gang, tente de s'emparer de certaines activités. La résistance s'organise, mais certains lieutenants voient apparemment bien plus loin qu'une simple défense de territoire.

Avec L'enfer est au bout de la nuit, Malcolm Mackay continue d'interroger la figure du tueur au service d'une organisation criminelle. Il le fait sur fond d'une lutte de factions (qui ressemble à une guerre de succession ne voulant pas dire son nom) et nous met dans la peau de Nate Colgan, que nous avions rencontré au détour de l'inaugural Il faut tuer Lewis Winter.

Colgan est un vrai dur, un cogneur qui inspire la terreur à ses adversaires et le respect à ses employeurs. Un type économe en paroles et en gestes, intelligent, cynique et lucide, qui offre tout au long du roman un regard critique sur le monde qui l'entoure, la faiblesse des uns, l'arrogance des autres, questionnant l'absence d'envergure de celui-ci et le grand professionnalisme de celui-là. Son code moral très strict le pousse à être d'une fidélité et d'une obéissance sans faille à l'égard de son employeur, et c'est sans doute pour cela qu'il est nommé, au tout début de L'enfer est au bout de la nuit, au poste de conseiller en sécurité de l'organisation qu'occupait le « regretté » Frank MacLeod.

La mission de Colgan, confirmée en personne par Jamieson, est simple : se débarrasser de ce groupe d'Anglais qui sème la pagaille dans les affaires, et vérifier en même temps qu'un certain lieutenant n'en profite pas pour prendre le contrôle du gang. Très bien renseignés par Zara Cope – l'ancienne poule de Winter avec qui Colgan a eu un enfant –, les hommes du Sud ont frappé fort tout en restant invisibles, obligeant les truands écossais à répliquer et se découvrir. Colgan en est très vite persuadé, quelqu'un – mais qui ? – est à la manœuvre en interne.

Malcolm Mackay construit une mécanique implacable dans laquelle il piège ce héros complexe et attachant malgré son absence totale d'empathie, sa dureté minérale, sa froideur. L'homme a quelque faiblesses – sa fille Rebecca, le jeune Ronnie à qui il tente d'apprendre le métier et même Zara, qu'il déteste, mais dont il ne peut résolument se faire une ennemie comme les autres – auxquelles il se raccroche, surtout pour ne pas sombrer dans un dégoût de soi-même et de ses actes. Malgré toutes les précautions qu'il peut prendre, Colgan est prévisible, ce qui explique la place et le rôle qu'il va tenir dans la machiavélique manœuvre initiée par les pontes de l'organisation.

L'enfer est au bout de la nuit est aussi le récit passionnant d'un renoncement, l'abandon des ultimes défenses de cet homme qui n'avait jamais tué et s'estimait pour cela. Le message de dangerosité accrue qu'il fait passer aux survivants laisse entrevoir une possible suite intense et palpitante (en librairie le 3 mars 2016).

Chroniqué par Philippe Cottet le 07/02/2016



Illustrations de cette page :
Walter Norval, le parrain de Glasgow durant trente ans.

Musique écoutée pendant l'élaboration de cette note :
Goodbye yellow brick road d'Elton John (The Record Co - 1973) – Selling England by the pound de Genesis (EMI - 1973) – Matching Mole de Matching Mole (Sony - 1972)