Comment tirer sa révérence

C
Malcolm Mackay

Comment tirer sa révérence

Royaume-Uni (2013) – Liana Levi (2013)


Traduction de Fanchita Gonzalez Battle

À Glasgow Frank MacLeod, tueur à gages légendaire, foire la mission qui devait le remettre en selle après son opération de la hanche. Il devient donc inutile, et surtout dangereux, pour son organisation. Mais comment se débarrasser d'un tel homme ?

Dans le Glasgow du crime, les lignes de front sont mouvantes. Shug Francis a de l'ambition, qui passe par les plates-bandes de l'organisation Jamieson. Tommy Scott deale pour lui, structure la distribution et occupe intelligemment le terrain. Il est une menace évidente – pas encore assez gros poisson dans son HLM pourri où il trafique avec son pote un peu abruti –, cible idéale pour la reprise de travail du premier porte-flingue de Jamieson, Frank MacLeod.

Comment tirer sa révérence, c'est d'abord l'échec de cet homme physiquement amoindri qui n'a pas voulu l'admettre, prisonnier de son image de tueur implacable et fiable comme une horloge suisse. Piégé dans l'appartement des deux dealers, le vieux MacLeod attend la mort que Tommy Scott n'a pas le cran de lui donner. Quand rien n'est certain, chacun joue son coup en pensant aux trois ou quatre suivants, dans six mois, dans un an...

Frank MacLeod ne meurt pas ce soir-là, mais c'est tout comme. Jamieson est prêt à passer sur cet échec, au nom de l'amitié, du respect qui le lie au vieux tueur qui l'a accompagné depuis des années dans son ascension. Que faire de cet homme qui ne sait plus et ne peut plus tuer, et ne sait rien faire d'autre ? Chacun fait ses comptes dans son coin, les affaires prennent le dessus sur le respect, la sécurité de l'organisation sur l'amitié, juste le temps de s'apercevoir qu'ils sont dans une impasse. Comment tirer sa révérence devient le dernier défi de MacLeod. Même s'il ne se fait aucune illusion, au moins veut-il mettre sa touche dans ce final obligé. Peut-on partir sans trahir les autres ? Sans se trahir soi-même ?

Tout en décrivant les enjeux des guerres de territoires à Glasgow, Malcom Mackay anime une partie pesante de doutes, de mensonges et de coups masqués. Dans un style direct, sans affèteries, peu dialogué et plutôt étouffant que l'on peut ne pas apprécier, il nous conte par le menu les pensées, les espoirs et l'excessive solitude de ses personnages. Celui de Calum MacLean, héros du premier volet de ce triptyque [1] prend une nouvelle dimension, à son corps défendant.

Les lecteurs qui connaissent, par le livre ou le cinéma, le fonctionnement des organisations criminelles et sont familiers avec la figure solitaire des tueurs à gages, n'apprendront pas grand-chose de Comment tirer sa révérence. Les autres y trouveront une construction romanesque plutôt cérébrale et digne d'une partie de go... ou de poker menteur. Le personnage de Frank MacLeod m'a beaucoup fait penser à celui de Gatehouse, magistralement interprété par Stephen Rea dans la série de la BBC The shadow line (en librairie le 3 octobre 2013).

Chroniqué par Philippe Cottet le 31/07/2013



Notes :

[1] Il faut tuer Lewis Winter, également chez Liana Levi

Illustration de cette page : Stephen Rea dans le rôle de Gatehouse

Musique écoutée pendant l'élaboration de cette note : Dinner Music de Carla Bley (Watt - 1977)