Dexter dans de beaux draps

D
Jeff Lindsay

Dexter dans de beaux draps

États-Unis (2009) – Michel Lafon (2010)


Traduction de Pascal Loubet

Retour de lune de miel à Paris mouvementé pour Dexter. Quelqu'un abandonne, dans les rues de Miami, des cadavres transformés en jardin japonais ou en corbeille de fruits. De quoi amuser notre enquêteur-tueur jusqu'à ce qu'un suspect poignarde sa soeur Debbie.

Le personnage de Dexter Morgan est devenu mondialement célèbre depuis son incarnation télévisuelle par Michael C. Hall pour le Dexter diffusé sur Showtime. Il n'en continue pas moins d'être un héros de roman, à la fois proche et lointain de cette incarnation, puisque la série suit son propre fil dramatique. La problématique est évidemment la même, flic le jour et tueur la nuit, dans le respect du code Harry. Si vous ne connaissez que l'adaptation télévisée, vous pourriez être surpris par le côté noir, cynique et également drolatique des romans de Jeff Lindsay.

La distance que Dexter entretient avec le monde lui permet de contempler celui-ci avec une dérision dévastatrice et l'on retrouve avec bonheur, dans ce Dexter dans de beaux draps, l'humour vachard que la télévision avait fini par polir. Dans les œuvres de ce nouveau tueur, dans les rapports entre Doakes et Morgan ou dans la façon dont celui-ci estime son environnement, Lindsay cultive un côté farce, parfois énorme, dexter on showtime qui permet de ne pas prendre trop au sérieux, ou du moins d'atténuer, le côté glacial, sardonique et égotique de Dexter.

Comme son dialogue intérieur nous le révèle en permanence, notre héros n'est préoccupé que de lui-même (il est plus que flatté de l'attention que lui accorde Weiss), de ses pulsions, de la montée ou de l'absence du Passager noir qui le hante. A l'exception d'Astor et de Cody, les deux gamins de Rita qu'il vit comme un prolongement de lui-même, Dexter Morgan est totalement dénué de compassion ou d'intérêt pour les autres, notamment pour ses proches.

A ce jeu la pauvre Rita, nouvelle épousée, est la plus mal lotie. Le portrait qu'en dresse son nouveau mari est d'une gentille, mais réelle méchanceté, ce qui permet à Lindsay de bien maintenir toute la vie sociale de son héros du côté du simulacre. Il n'y a pas le moindre début de commencement de rédemption ou de guérison chez Dexter, ni même d'apprentissage de la normalité à partir de l'artificialité qui dissimule sa vraie nature, ce que la série laisse parfois entendre. Ce que confirme sa relation avec sa sœur, Debbie, doublement encombrante puisqu'elle sait depuis peu de quoi est fait son frère et qu'elle risque, invalide, de devenir un poids mort dans sa vie. En attendant, elle l'oblige à improviser des conduites sociales inconnues or Dexter ne déteste rien de plus que ce qui vient troubler les routines de son existence.

La bonne humeur domine la lecture de ce Dexter dans de beaux draps, même s'il n'en restera sans doute pas grand chose (la série nous ayant habitué à plus grande complexité du personnage et des situations), hormis son ambiguïté. En faisant de son tueur quelqu'un de sympathique, ce que réussit également parfaitement l'adaptation télévisée, Jeff Lindsay rendra pour certains de ses lecteurs normal — voire moral — le meurtre à titre privé.

Chroniqué par Philippe Cottet le 31/01/2010



Illustration de cette page : Photo promotionnelle de la série Dexter sur Showtime

Musique écoutée pendant l'élaboration de cette note : em>La Tournée des Grands Espaces d'Alain Bashung (2004).