La nuit de Tomahawk

L
Michael Koryta

La nuit de Tomahawk

États-Unis (2008) – Seuil (2010)


Traduit par Alain Defossé

Il y a huit ans, Jack Temple II, héros de la guerre, US Marshall et tueur à gages, s'est donné la mort, suite à la dénonciation de son complice Matteson. Son fils, Jack Temple III erre depuis de ville en ville. Il a fait la promesse de ne pas venger son père, sauf si son dénonciateur remettait les pieds à la retenue de Willow, là-haut, dans le Wisconsin. C'est vers là-bas que le jeune homme, véritable machine à tuer, roule désormais car son ennemi semble s'y rendre.

Toujours présenté par son éditeur et ses célèbres parrains Denis Lehanne et Michael Connelly comme l'une des plumes les plus prometteuses de la génération à venir, Michael Koryta nous livre, avec La nuit de Tomahawk , un roman plutôt tiède.

Le début de l'histoire était pourtant assez engageant, avec ce jeune homme coincé entre deux images contradictoires du père, habité par la nécessité de la vengeance et la peur, en l'accomplissant, de n'être qu'un assassin comme lui. Koryta relaie habilement cette crainte dans le personnage d'Ezra, vieil homme qui espère avoir fait taire en lui la violence de ses jeunes années, et dans celui de Grady Morgan, flic trouble et manipulateur qui, en dirigeant la colère du jeune homme vers l'associé de son défunt père, l'a peut-être tout simplement transformé en assassin.

La nuit de Tomahawk - OursLe combat intérieur du jeune homme pour ne pas succomber est donc intéressant mais il est, à mon sens, en grande partie gâché par le goût frénétique de Koryta pour les lieux communs et les clichés façon soap. La rencontre entre Nora et Frank est si téléphonée que l'on sait, au bout de trente pages, qu'il ne leur arrivera rien de bien grave avant la fin du livre. Ou encore Nora, laissant Jerry seul dans le garage, ou Nora devant se rendre à la clinique où est hospitalisé son père alors que les pires des tueurs sont à leurs trousses. Ce sont des passages tellement balisés, et cela continuera tout au long du roman, que l'on se demande quel est l'intérêt pour un auteur de thriller de ne pas vouloir surprendre son lectorat ?

Dès lors, La nuit de Tomahawk prend cet aspect terne des choses convenues, avec happy ending à la clé. Le brave second du héros sera blessé, mais finalement pas mortellement, les très méchants seront châtiés et le vieil agent du FBI recevra une leçon [1] de la part d'un jeune homme flirtant avec le surhumain, désormais prêt à retrouver sa place dans le monde. Nul ne doute que les bambins de Frank et Nora peupleront bientôt de leurs cris joyeux les rues de la petite cité de Tomahawk. Tiède, disais-je...

Chroniqué par Philippe Cottet le 10/01/2010



Notes :

[1] Avant de nous apprendre, in petto l'identité de la personne qui donna Frank Temple II, seule petite surprise du livre.

Illustration de cette page : Ours

Musique écoutée pendant l'élaboration de cette note : Caravan de Art Blackey and the Jazz Messengers (1962)