Meurtre et obsession

M
Jonathan Kellerman

Meurtre et obsession

États-Unis (2007) – Seuil (2010)

Titre original : Obsession
Mathieu (de) Lajartre

Morte prématurément d'un cancer, Patty Bigelow a confié à Tanya, sa fille adoptive, un terrible secret. Celle-ci demande à Alex Delaware, le psychologue qui avait été son thérapeute durant son enfance, de l'aider à savoir si Patty est réellement une meurtrière. Abandonnant ses vacances, le flic Milo Sturgis commence à passer au crible l'existence apparemment sans reproches de l'ancienne infirmière.

Avec près de vingt romans, l'univers composé par Jonathan Kellerman autour du psychologue Delaware et de son imposant et homosexuel ami flic Milo, est rodé depuis longtemps. Découvrant cette œuvre avec ce Meurtre et obsession, je ne connais du background des personnages que ce que l'auteur veut bien nous en (re)dire et je comprends parfaitement qu'au dix-huitième livre, il reste plutôt disert sur ce point. Je me souviens de McBain qui, tout au long de l'excellente saga du 87ème district, reprenait à chaque opus (il y en eut presque 60 !) suffisamment d'éléments biographiques de chacun de ses héros pour qu'un nouveau venu puisse s'y retrouver. A la longue, cela pouvait effectivement lasser les fidèles de la série.

Dans Meurtre et obsession, Kellerman assure le minimum de ce côté. On sent bien que la complicité Delaware-Milo a des bases plus solides que cette écume routinière. Idem pour les relations unissant tous les personnages que l'on pressent redondants : Rick, le compagnon de Milo ou Robin, la compagne de Delaware, ou encore Petra, la flic increvable. Le peu qui nous est livré ici suffit seulement à faire fonctionner l'histoire pour un nouveau lecteur.

Or, cette dernière est plutôt quelconque, c'est-à-dire relève d'un déjà-vu, déjà lu, qu'un style très standardisé, « industriel » diront certains, ne permet pas de distinguer de ses contemporaines. Certes la personnalité d'un héros psychologue autorise des thèmes autres que s'il était simple flic ou enquêteur privé, mais le filon des désordres psychiques et mentaux a été tellement exploité ces dernières années, tant dans la littérature qu'au cinéma, qu'il n'y a plus aucun étonnement ni découverte de ce côté. Affligée de TOC, la jeune Tanya nous renvoie à l'un des sujets d'émission favoris (avec l'anorexie et la chirurgie esthétique) de n'importe quelle chaîne de télévision. Sans surprise, le tueur torturait des animaux durant une enfance sans éducation, entre une mère actrice de films pornos et un père junkie.

Le seul élément intéressant de Meurtre et obsession est peut-être là, dans le contraste entre l'éducation plus que normalisée (quasiment obsessionnelle) donnée par l'infirmière Patty Begilow à sa fille adoptive et l'absence ou la confusion de références du meurtrier. La leçon, très morale, de l'ex-psychologue qu'est Kellerman semble donc, de ce fait, tout à fait banale : on peut guérir quelqu'un qui a trop de repères, on (la société) est à la merci de celui qui n'en a pas du tout.

Chroniqué par Philippe Cottet le 02/01/2010



Musique écoutée pendant l'élaboration de cette note : Aerial de Kate Bush (2005)