Les tricheurs

L
Jonathan Kellerman

Les tricheurs

États-Unis (2010) – Seuil (2013)

Titre original : Deception
Traduction de Frédéric Grellier

Elise Freeman, une enseignante remplaçante dans le lycée le plus huppé de Los Angeles est retrouvée morte dans sa baignoire, recouverte de neige carbonique. Sur place, les enquêteurs trouvent un DVD dans lequel elle dénonce le harcèlement sexuel dont elle était victime de la part de trois de ses collègues.

Vingt cinquième aventure de l'increvable Alex Delaware, le sémillant psychologue devenu au fil du temps le Dr Watson de Milo Sturgis – lieutenant à la Criminelle du LAPD et bulldozer humain –, Les tricheurs fleure bon le livre de plage. Facile, standardisée, l'écriture de Kellerman est essentiellement conçue pour ne pas troubler son lectorat, juste lui offrir une distraction de quelques heures.

Depuis le temps, les rôles sont parfaitement répartis entre Alex et Milo : celui-ci apporte un éclairage psychologique aux faits ou aux suspects rencontrés tandis que celui-là enquête de façon parfaitement classique. La personnalité de Sturgis, ou plutôt l'antinomie d'apparence existant entre les deux héros, permet d'éviter la monotonie de routines policières qui ne s'éloignent guère du modèle industriel de l'écriture mainstream audiovisuelle ou littéraire.

Dans Les tricheurs, Kellerman ajoute quand même une contrainte à son duo, celle de ne pas faire de vagues et même, éventuellement, de désigner un bouc émissaire dans les classes “ faites pour ça ” de la population. Le fils du chef de la police de L.A. est élève à Windsor Prep. – où travaillait Elise Freeman – et le père a beaucoup d'ambitions pour son rejeton. Notamment de lui faire intégrer Yale pour qu'il puisse ensuite rejoindre la horde des parasites des grandes banques d'affaires, des lobbies ou des think tanks républicains qui grouillent sur la côte Est. Tout scandale éclaboussant le lycée risquant de compromettre son accès à l'Ivy League [1], Sturgis est invité à y aller plutôt mollo, ce qui ne peut que décupler l'envie du lieutenant de mettre les pieds dans le plat.

L'air de ne pas trop y toucher, Kellerman écorne quand même l'image que les Amerlocains se font de ces établissements d'excellence par lesquels transitent leurs élites et les conditions mêmes de leur reproduction. Le titre du livre – Les tricheurs – est parfaitement explicite d'ailleurs de ce que pense le romancier de la pseudo méritocratie dans son pays.

Comme toujours, notre auteur réussit quelques personnages secondaires, notamment la victime – pas vraiment celle que nos duettistes imaginaient – ou le savoureux Dr Helfgott, président de Windsor Prep. Les tricheurs ne bouleverse pas le genre et nous offre une fin pédagogique et morale, Kellerman se contentant de faire le job pour un lectorat qui ne demande certainement que cela. La plage, vous dis-je...

Chroniqué par Philippe Cottet le 22/05/2013



Notes :

[1] Huit universités privées de la côte Est censées représenter l'excellence, mais d'abord reproductrices des élites sociales.

Illustration de cette page : Charentaises