Habillé pour tuer

H
Jonathan Kellerman

Habillé pour tuer

États-Unis (2008) – Seuil (2010)

Titre original : Compulsion

Un peu de sang sur le cuir parfait d'une Bentley et le meurtre violent d'une femme âgée sans motif apparent, mais avec la présence, dans le voisinage de la victime, d'une luxueuse berline allemande vont lancer le psy Alex Delaware et le lieutenant Milo Sturgis sur la piste plus que ténue d'un homme insaisissable parce qu'indéfinissable, comme seule la Cité des Anges semble capable d'en produire.

Les histoires de l'ancien psy Kellerman tournent toujours autour de déviances plus ou moins marquées, mises en lumière par le violent contraste qu'elles présentent avec l'exceptionnelle normalité de son héros. Delaware est un psy intelligent, intuitif et zen dont on peine à trouver les défauts. Il partage sa vie personnelle avec une belle luthière et et sa vie professionnelle avec un improbable flic homosexuel, très éloigné de ceux qu'ils vont rencontrer au cours de cette nouvelle affaire. Car violeur d'adolescent, tapin, fils indigne et meurtrier dilettante aimant les dessous chics se croisent dans ce Habillé pour tuer, histoire lisible, mais pas très passionnante, roman industriel qui semble souvent avancer sur rien d'autre que les géniales intuitions d'Alex ou de Milo.

En fait, le plus intéressant chez Kellerman se trouve dans quelques personnages secondaires croqués là pour meubler l'histoire principale. La relation de déception mère-fille (Monica et Kat) ou mère-fils (Ella et Tony Mancusi) ou encore le couple fusionnel que représentent les sœurs Susan et Barbara, la solitude de Sonia, la misère de Tasha finissent par tracer un portrait plutôt flippant de ces Américains ordinaires, sans doute plus angoissant que ce énième ragoût de serial killer (puisque c'est de cela qu'il s'agit).

Malheureusement, Habillé pour tuer c'est aussi l'épisode d'Alex avec la petite trisomique, le client malade mais chevaleresque de Robin et le petit nenfant sauvé in extremis par nos héros des griffes du sociopathe compatissant qu'ils traquent, bref de quoi faire pleurer Margot en noyant sous les larmes d'icelle un final plutôt bancal.

Chroniqué par Philippe Cottet le 03/09/2010



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