La 5e saison

L
Mons Kallentoft

La 5e saison

Suède (2011) – Seuil (2013)


Traduction de Lucille Clauss et Emmanuel Curtil

Des femmes sont violées, torturées puis retrouvées dans des bois, certaines mortes, d'autres prostrées dans un silence impénétrable. L'enquêtrice Malin Fors en est obsédée.

Dès les premières pages, j'ai détesté La 5e saison, son héroïne et son auteur. Le roman de Kallentoft est ce que j'ai lu de plus roublard et obscène depuis un certain temps.

Énième lutte du Bien contre le Mal gorgée de poncifs et de clichés, La 5e saison met en scène une enquêtrice évidemment rebelle à l'ordre établi et aux procédures policières, alcoolique souffrant de son abstinence, du poids des affaires, de sa relation complexe avec un fiancé friqué et plutôt couille molle, de son désintérêt pour sa fille, de l'arrogance des puissants... la liste est sans fin. Une héroïne forte avec des failles à l'intérieur qui plaira au public attendu du roman.

Si Malin Fors est une super flic, qui réussit mieux que le boys band qui l'accompagne (un petit génie de l'informatique, une grosse brute chargée des basses œuvres, un mec normal qui par contraste montre le caractère exceptionnel de Malin Fors, un chef bon mais usé... l'équipe habituelle quoi), c'est parce que les victimes lui parlent. Que dis-je lui parlent ! Elles lui hurlent de les venger et, accessoirement, la préviennent du danger ou la guident dans son enquête, ce qui est plutôt cool si l'on y réfléchit.

Fruits d'un dérangement mental ou de capacités surhumaines, ces hallucinations contribuent à l'ambiance morbide et anxiogène dans laquelle entend nous faire baigner l'auteur, dans un style trash et hippopotamesque des plus splendouillets. Le pathos se déverse à chaque page, à chaque paragraphe, quand ce n'est pas Malin, c'est Karin et sa solitude, ou Sven et son cancer, ou Tove et son petit ami, ou Peter et son désir d'enfant pour la fixer, ou les victimes – les mortes qui parlent et les vivantes qui sont muettes, mais quand même... –, ou la nature sans cesse menaçante (le vent, la forêt, les nuages noirs, etc.), afin de nous faire comprendre que cette société va mal, qu'il faut punir à tout prix les coupables, surtout hauts placés, arrogants, sûrs de leur impunité, qui abusent des femmes pour assouvir depuis toujours leurs pulsions de vie, leurs pulsions de mort.

Après un tel pilonnage, pas mal de lecteurs se soucieront assez peu de la faiblesse de l'enquête policière. Celle-ci repose essentiellement sur les intuitions hallucinées de Malin Fors, corroborées par l'intimidation, les abus de pouvoir, le recours à la violence et à la torture par son équipe, que Kallentoft justifie par un implicite “ rien n'est trop bon pour faire triompher le bien et protéger les honnêtes gens ”. Cela et l'habituel marketing de la “ critique spécialisée ” célébrant ce genre comme la quintessence du polar devraient assurer à La 5e saison un succès commercial auprès des-dits honnêtes gens (en librairie le 4 avril 2013).

Chroniqué par Philippe Cottet le 07/04/2013



Musique écoutée pendant l'élaboration de cette note : Comme un lego de Gérard Manset (merci à Ernest Kurtz) – Scary Monsters And Nice Sprites de Skrillex (2010 - Atlantic) – Quintessential Vol. 1, 1933-35 de Billie Holiday (1987 - CBS)