Remington

R
Joseph Incardona

Remington

France (2008) – Fayard noir (2008)


Le grand rien. Puis l'amour. Puis la haine. Et le grand rien.

Intermittent du chômage et sympathique opposant à une vie consumériste, Mateo Greco dissimule, sous une épaisseur maîtrisée de routines, sa solitude et peut-être son échec. Diplomé de cinéma sans perspectives, il espère quand même s'en sortir par l'écriture, remodelant des kilomètres de fait divers trouvés dans les journaux au rythme des kilomètres de jogging qu'il s'impose chaque jour et des heures passées à la salle de boxe. Sans succès...

Dans un atelier d'écriture il rencontre Elsa. Ou plutôt elle le choisit, le déniaise sexuellement et émotionnellement, faisant du même coup courir en lui le grand jus créatif de l'amour, de la perspective autre, de la vie... Le déclic qui se produit libère son art que, naïf, il va mettre au service de celle qu'il aime et qui ne lui rendra pas.

Incardona offre en creux un personnage d'Elsa impitoyable, tyrannique, cruelle et ambitieuse qui ne recule devant aucun moyen pour se sortir de sa misérable condition de serveuse. Si elle fascine tant Mateo (ceux qui ont connu la morsure de cet amour là le comprendront sans difficulté) c'est parce que, bacchante moderne, elle possède l'ambivalence du sacré qui donne et détruit tout à la fois. Notons quand même que, dans Remington, les femmes ne sont pas très choyées : putain mesquine et violente pour Elsa, mère autoritaire pour Lucette Grangier (la patronne de Greco) et un mix des deux pour la Contessa (dont notre héros sera le chauffeur durant quelques jours), riche et plus très jeune femme cherchant l'orgasme dans les bras de jeunes gigolos.

Par deux fois seulement, la violence fait irruption dans le roman de Joseph Incardona, instillant brutalement de la noirceur dans ce qui semblait n'être qu'une histoire d'amour banale. Justifiée par un besoin identitaire vital - créer de la différence là où il n'y en a plus - cette violence des anciens amants est symétrique, totale et plutôt finement observée par l'auteur. Ressemblant aux faits divers que collectionne son héros, Remington me semble être un roman juste et plutôt implacable parce que mesuré. Pas un chef d'œuvre - ils se font rares - mais moins insignifiant que pourrait le laisser croire son apparence.

Chroniqué par Philippe Cottet le 27/09/2008



Musique écoutée pendant l'élaboration de cette note : I Pini di Roma d'Ottorino Respighi dans une version Karajan de 1958 avec le Philarmonia Orchestra.