L'été des jouets morts

L
Toni Hill

L'été des jouets morts

Espagne (2011) – Flammarion (2014)


Traduction de Thomas Delooz

À son retour de suspension pour avoir violemment tabassé un suspect, l'inspecteur Héctor Salgado se voit confier une enquête de routine sur la mort apparemment accidentelle d'un fils de bonne famille.

Les grandes vacances approchent, entrainant la publication d'une cohorte de bouquins faciles à lire. Les policiers et thrillers, genres très codifiés dont l'aspect consolatoire [1] est parfaitement en harmonie avec cette période de relâchement et d'insouciance relative, en font naturellement partie.

C'est à cette mouvance estivale sans réelle importance que je rattacherai L'été des jouets morts, récit insipide et anodin, malgré ou surtout par le thème abordé, rencontré à de multiples reprises ces derniers temps : une affaire de mœurs étouffée durant de longues années, dans un milieu bourgeois et bien-pensant. Mais la répétition et le déjà connu étant des atouts essentiels pour le public visé – qui exige surtout pouvoir s'indigner à peu de frais et voir la punition des méchants –, on peut estimer, de ce point de vue, le contrat rempli.

Deux motifs sont développés ici, la défenestration d'un fils de famille et la disparition du suspect tabassé précédemment par l'inspecteur Salgado, traitée en fil rouge, mais qui constitue le cliffhanger annonçant une suite au roman. L'enquête principale menée par Héctor et la débutante-mais-déjà-drôlement-futée Leire Castro m'a semblé particulièrement ennuyeuse, d'autant qu'aucun des personnages rencontrés, très stéréotypés, n'est réellement attachant.

Comme souvent dans ce style de roman, l'intrigue est particulièrement compliquée afin de permettre un surgissement final flamboyant de la vérité (ou cacher la misère narrative penseront certains), mais cette complexité à un coût, toujours le même, celui de la crédibilité quand il faut dénouer la situation. L'été des jouets morts s'en sort comme les autres, avec des coïncidences et des hasards heureux (les retrouvailles de Marc et Inés à Dublin, l'interversion des clés USB, l'assassin arrivant pile-poil pour défenestrer le jeune homme et se débarrassant sans laisser de traces, quelques jours plus tard, de son ancienne petite amie Gina, etc.) Le dispositif policier est, d'ailleurs, particulièrement ténu, voire inexistant, dans ce roman qui fait surtout dans le psychologique et l'intuitif.

Le prière d'insérer mentionne l'avis du journal 20 minutos estimant qu'il s'agit là d'un « thriller barcelonais dans la veine de la meilleure tradition suédoise » et c'est exactement cela. Enfin, entendez par suédois ce style industriel / international passe-partout pas forcément incompatible, vous vous en doutez bien, avec le succès commercial, mais dont j'ai un mal fou à comprendre l'intérêt. Quant à barcelonais, cela doit fait référence au lieu de naissance de Toni Hill [2], car de la capitale catalane, vous ne verrez pas grand chose, quelques noms de rues jetés en pâture, tout ceci pourrait se passer à Ystad, Fjällbacka, Bristol ou Ljubljana, c'est-à-dire n'importe où. Oubliez dès lors Ledesma, Mendoza, Vázquez Montalbán, ou le plus jeune Carlos Zanón, qui savaient faire de la cité un personnage à part entière.

L'été des jouets morts conviendra parfaitement à ceux qui ne mettent jamais les pieds sur Le Vent Sombre parce qu'ils se sentent insultés par mes avis sur leurs lectures. Les autres apprécieront, plus sûrement, l'excellent Une disparition inquiétante chroniqué également aujourd'hui.

Chroniqué par Philippe Cottet le 16/03/2014



Notes :

[1] Œuvres décrivant une perturbation de l'ordre social mettant mal à l'aise le lecteur/spectateur, jusqu'à ce que le héros rétablisse l'harmonie en la faisant cesser, apportant bien-être et félicité au public.

[2] À ne pas confondre avec Tony Hill, le personnage plutôt intéressant de Val McDermid, lui aussi psychologue.

Illustration de cette page : Répétition

Musique écoutée pendant l'élaboration de cette note : Godbluff de Van der Graaf Generator (Mercury - 1975), merci à Abigaïl et Ernest pour la suggestion – Live in concert at Metropolis Studio de Van der Graaf Generator (Salvo - 2012)