La raison du plus fort

L
Veit Heinichen

La raison du plus fort

Allemagne (2009) – Seuil (2012)


Traduction d'Alain Huriot et de François Mortier

Alors qu'il revient de Rome où il a participé à une ultime réunion visant à assurer la sécurité durant la cérémonie d'ouverture de l'espace Schengen entre l'Italie et la Slovénie, Laurenti est chargé de l'enquête sur le meurtre d'un homme qui voyageait avec lui dans le dernier train pour Trieste. De fil en aiguille, il remonte vers Duke, mystérieux hommes d'affaires vivant en Slovénie, dont Pina, sa collaboratrice, avait fait connaissance quelques jours auparavant.

Déjà peu convaincu par le précédent roman d'Heinichen, je ressors quelque peu affligé par la lecture de La raison du plus fort, récit sans beaucoup de rigueur dans lequel l'auteur a jeté pêle-mêle beaucoup de choses insignifiantes et un ensemble désordonné de réflexions sur le monde actuel .

Europe, Schengen, requins de la finance, politiciens corrompus et anciens des services secrets yougoslaves reconvertis dans les affaires plus ou moins louches partagent l'histoire avec les préoccupations ordinaires de la famille Laurenti en cette veille de Noël. Ajoutons la présence tout à fait inutile du vieux légiste Galvano, les décolletés de Marietta dans lesquels Heinichen nous fait plonger à plusieurs reprises, les peines de cœur de l'inspectrice Pina, entre lesquels s'intercalent les réflexions (?) d'un chien de combat, dressé à tuer comme l'a été Duke pour mener ses affaires, et le discours faussement anticapitaliste de son fils, trader invalide et “ éthique ”. N'en jetez plus, la cour est pleine.

D'autant que Veit Heinichen n'oublie pas de faire bouffer et boire tout son petit monde, ce qui lui permet un placement de produits ininterrompu, vantant tel vin du karst ou l'excellence des restaurants de la ville de Trieste.

Alors oui, il y a des morts, une enquête négligemment traitée en arrière-plan, des considérations – que j'ai trouvé pour ma part tout à fait insipides – sur la finance internationale ou le microcosme politique transalpin, un méchant là où on ne s'y attend pas (trop), des larmes de déception, des grincements de dents de part et d'autre de l'ancienne frontière, mais cette profusion fait de La raison du plus fort un roman totalement indigeste, qui pourra peut-être contenter ceux qui ont suivi les aventures de Laurenti depuis le début ou qui ne connaissent pas encore les mécanismes par lesquels les prédateurs de la Bourse mènent ce monde à sa perte.

Chroniqué par Philippe Cottet le 10/11/2012



Illustration de cette page : Chien de combat

Musique écoutée pendant l'élaboration de cette note : At the Five Spot d'Eric Dolphy Quintet (1963 - Essential Jazz Classics)