Gel nocturne

G
Knut Faldbakken

Gel nocturne

Norvège (2006) – Seuil (2012)


Alors qu'il est en congé, Valmann est appelé pour identifier deux corps. Il s'agit d'un couple âgé, les Hammerseng, dont il était ami avec le fils, Klaus, durant ses années de lycée. C'est sa compagne Anita qui participe à l'enquête de ce qui apparait aux yeux de tous comme un accident suivi d'un suicide. Valmann, chargé d'une autre affaire pour le tenir éloigné de celle-ci, ne peut cependant s'empêcher de revenir sur des détails étranges qui accréditeraient plutôt la thèse du crime (traduction d'Hélène Hervieu)

Troisième volet du cycle consacré au policier de la ville d'Hamar, Gel nocturne est centré sur la sphère privée, ce qui le rend plus convenu que les romans inauguraux. Faldbakken nous engage dans une assez complexe et labyrinthique histoire de famille(s) sur laquelle il laisse planer toutes les options possibles – violence conjugale, viol, inceste, haine – sans jamais vraiment en formaliser une, jusqu'à la surprenante conclusion.

L'intérêt est surtout de déstabiliser son héros, Jonfinn Valmann – qui avait gardé des Hammerseng l'image d'une famille unie, exemplaire et heureuse – afin d'en scruter les faiblesses, les rares secrets et de mettre en péril le couple encore jeune qu'il forme avec Anita Hegg.

L'incompréhension qui s'installe entre les deux amants tient autant à la culpabilité qu'éprouve Jonfinn pour des événements datés de son adolescence, à la fragilité de ces personnages que treize années séparent et qui doivent développer des routines de vie que leurs enquêtes parasitent en permanence, qu'à une forme de rivalité professionnelle qui ne veut pas toujours dire son nom.

Gel nocturne s'attache beaucoup à la psychologie et au quotidien d'Anita et de Jonfinn, ce qui pourra décourager peut-être certains lecteurs qui avaient apprécié, dans les premiers romans, une ambition plus sociale et historique. Peut-être est-ce un passage obligé dans une série à héros récurrent qui entend jouer le réalisme et accompagner la progression de ses personnages ? Faldbakken s'en sort plutôt bien, d'autant que le motif criminel, qui fait rejoindre les deux affaires et permet au neurasthénique inspecteur de triompher grâce à ses intuitions et son obstination, est réellement ingénieux (bien que passablement tordu).

Gel nocturne est un livre plaisant, mais sans véritable relief. On attendra de lire le suivant pour vérifier qu'il ne s'agit pas d'un virage vers une œuvre qui se révélerait finalement moins goûteuse que prévu (en librairie le 6 avril 2012).

Chroniqué par Philippe Cottet le 04/04/2012



Illustration de cette page : Cabane dans le Stange