True confessions

T
John Gregory Dunne

True confessions

États-Unis (1977) – Seuil (2015)


Traduction de Patrice Carrer

À travers le destin de Tom Spellacy, détective chargé d'élucider l'affaire de la Vierge impure et de son frère Desmond, prélat ayant égaré sa foi dans l'administration de l'Église, une plongée dans la Los Angeles corrompue de l'après-guerre.

Dix ans avant la parution du Dahlia noir, le meurtre d'Elizabeth Short sert de point de départ et de toile de fond à ces True confessions.

En 1947, Tom Spellacy et son coéquipier Frank Crotty enquêtent sur le meurtre d'une jeune femme dont le corps torturé a été retrouvé, coupé en deux, dans un terrain vague de la Cité des Anges. Une fois la victime identifiée, la recherche de son assassin va un peu passer au second plan. Crotty est plus concerné par le business qu'il mène, en cheville avec des Chinois, pour contrôler des motels, tandis que Fred Fuqua, le patron de la section criminelle, ne rêve que du poste de préfet de police. La compétence des autres flics est traitée avec beaucoup de causticité par le romancier, le seul capable étant noir [1]. Tout repose donc sur Tommy, dont le passé d'homme de main pour le compte de Jack Amsterdam – un maquereau devenu entrepreneur – du temps où il bossait aux Mœurs de Wilshire, risque de refaire surface.

Au point où il en est de sa vie – ses deux enfants ont rejoint des ordres religieux et son épouse, Mary Margaret, dialogue avec les saints dans des aller-retour fréquents avec une institution psychiatrique –, le policier pourrait laisser courir. Mais Amsterdam travaille beaucoup avec l'archidiocèse de Los Angeles dont Desmond est le chancelier. Les deux frangins ne se fréquentent ni ne s'apprécient guère, mais ils veillent quand même toujours l'un sur l'autre. Desmond s'est autrefois chargé de faire muter Tommy à la criminelle, tandis que celui-ci étouffait par-ci, par-là quelques histoires de fesses dans lesquelles étaient mêlés hommes d'Église ou leurs obligés et rencardait son monsignore de frère sur le pedigree de ses fréquentations.

Car Mgr Desmond Spellacy est sur le point d'accéder à de très hautes fonctions dans la hiérarchie épiscopale, pour avoir servi avec un froid dévouement le vieux cardinal Hugh Danaher. Il faut auparavant se débarrasser des complices les plus encombrants, celui-ci qui manipulait les fonds, celui-là qui construisait au rabais, et honorer l'honnêteté pour mieux la réduire au silence. True confessions devient alors un grand roman sur la corruption, la concupiscence, les arrangements avec la morale, la lutte pour le pouvoir au sein d'un milieu catholique hypocrite et affairiste.

Le récit de Dunne est dense, intense, traversé par des fulgurances que l'on retrouvera dans l'œuvre plus tardive d'Ellroy. La façon dont il croque la bassesse de la presse ou le racisme et la bêtise ordinaire de la police est un pur régal. Les atermoiements de ses deux personnages principaux et leur besoin de rédemption sonnent très juste. Seules les manœuvres devant mener à la prise de pouvoir de Desmond et la description des liens unissant tout ce beau monde alourdissent quelque peu l'ensemble, mais c'était le prix à payer pour que True confessions rende parfaitement compte du climat de corruption de la Cité. Climat que le Dog poussera à son paroxysme pour donner au roman noir, quinze ans plus tard, l'un de ses chefs-d'œuvre : le Quatuor de Los Angeles.

Chroniqué par Philippe Cottet le 25/10/2015



Notes :

[1] Comme le souligne Pelecanos dans la préface, Dunne ne cache rien du racisme qui prévaut en cette année 1947 et qui ne touche pas seulement Lorenzo Jones, le flic noir qui découvrit le cadavre de Lois Fazenda et qui devint ensuite le maire de Los Angeles. Ce milieu de policiers et de prélats catholiques et irlandais vomit tout autant les Italiens, les Mexicains que les Juifs.

Illustration de cette page : Un enquêteur auprès du cadavre mutilé d'Elizabeth Short.

Musique écoutée pendant l'élaboration de cette note : London Scene de Fela Kuti & the Africa '70 (1971 - (Stern's Africa) – The big Beat d'Art & the Jazz Messengers (1960 - Blue Note)