Périph' Gang

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Patrick De Lassagne

Périph' Gang

France (2015) – Amazon Kindle (2015)


À Roissy, un gang du 93 braque des malfrats russes venus accueillir cinq mules en provenance de Colombie. Une course-poursuite s'engage pour récupérer la drogue, qui connait ses premiers morts sur le périph' parisien.

Périph' Gang est, au départ, le synopsis d'un film d'action qui n'a pas trouvé preneur et qui a donc finalement été novelisé par Patrick de Lassagne. On retrouve cette origine dans la succession rapide des paragraphes/situations, leur éclatement en blocs temporels qui suivent un ou plusieurs personnages, certaines scènes spectaculaires qui rappellent très clairement l'écriture cinématographique.

Ce n'est pas désagréable, cela donne un rythme particulièrement élevé au roman, soutenu par une "bande-son" intégrée [1], mais nous restons quand même beaucoup dans les stéréotypes de la fiction de voyous – primauté à l'action, grosses bagnoles, personnages sans grand intérêt, dialogues au ras des pâquerettes – avec beaucoup d'incohérences et de facilités narratives qui passeraient peut-être au cinéma ou dans un téléfilm, mais qui deviennent rédhibitoires dans un roman [2]. Un vrai travail éditorial les aurait relevées et corrigées, mais pas sûr que le récit aurait alors survécu.

Il y a pourtant une ou deux bonnes choses dans Périph' Gang, notamment la partie que Patrick de Lassagne consacre au peuple des confins [3], ces naufragés sans domicile fixe du périphérique, même si cette évocation tombe un peu comme un cheveu sur la soupe. Ou encore la très drôle confrontation entre le commerce de luxe sur la plus belle avenue du monde et HP, le seul de la bande à sortir gagnant de l'aventure (pour l'avoir joué perso). Et, enfin, la très noire et féroce fin de Greazly, Coyote et de leurs rêves de richesse.

Comme pour son Kill Creole, édité à la Manufacture de livres en 2011, le sentiment d'être face à quelque chose de bâclé domine malheureusement ce Périph' Gang.

Chroniqué par Philippe Cottet le 29/03/2015



Notes :

[1] Beaucoup de scènes dans des voitures, donc l'autoradio débite les chansons du groupe Rap Pack dont Patrick de Lassagne semble être membre.

[2] Quelques exemples :

Spoiler: Highlight to view

Notre gang du 93 pense être monté sur un gros coup, mais la quantité de cocaïne transportée par les mules est plutôt vague... On parle de un kilo par personne, mais Patrick de Lassagne évoque une valeur de 30 000 € par jeune femme, soit à peu près une livre au cours actuel. Celle-ci est répartie en cinq capsules, ce qui fait plutôt des grosses bouchées (100 g dans l'hypothèse basse, 200 g dans la haute) à avaler et à restituer ensuite sans en abimer le contenu, ce qui m'a semblé assez irréaliste. Surtout, c'est prendre beaucoup de risques pour un butin final de 150 000 € (et d'ailleurs l'un des Russes finira par s'en étonner) à répartir entre six personnes.

Chaque paragraphe du roman est horodaté, cela permet d'accroitre la pression, la sensation d'urgence, ce qui n'aurait sans doute pas été nécessaire dans un film. Quand, à 6h00, Boris prend la décision de faire arrêter par un sniper les voitures du gang adverse, qu'il ne sait qu'à 6h10 la direction que va prendre la poursuite (périph extérieur) et qu'à 6h17 son gars est en place sur un pont pour shooter le chauffeur de la première voiture, on n'y croit pas un seul instant, même un dimanche matin dans Paris.

Très curieusement d'ailleurs, le Pink horse, le night-club de Boris où travaillent les cinq latinas porteuses de drogue, est ouvert le dimanche matin, puisque la dernière fusillade a lieu là-bas aux alentours de 10h50 et il est déjà plein de clients. Plutôt curieux pour un tel établissement, mais bon...On peut par contre douter que les deux danseuses survivantes, qui rentrent d'un voyage d'au moins onze heures en avion, y soient déjà au travail surtout sans avoir évacué les capsules qu'elles transportaient.

Quant aux deux qui sont mortes, il est particulièrement stupide de la part des Russes d'avoir rapatrié leurs corps dans la somptueuse maison de Boris (après avoir montré leurs bobines à tout le personnel de l'institut médico-légal). Il est vrai que Boris devait mettre moins de 25 minutes pour faire le trajet en voiture Quai de la Rapée jusqu'à Boulogne, déposer en chemin Vlad (mais où ?), sortir seul (où sont les trois hommes de main – devenus deux – qui étaient rentrés avec le Zodiac ?) les deux cadavres de son GMC pour les rentrer dans sa datcha, et enfin se mettre au lit et s'endormir afin d'être surpris par Greazly et Al’4’As.

Tout ceci est rendu possible essentiellement parce que la police a quitté la capitale pour la laisser en terrain de jeu aux deux bandes rivales.

[3] Voir sur Article 11 le reportage qui leur est consacré : Le Peuple des confins.

Illustration de cette page : Sans domicile fixe campant sur le bas côté du périphérique parisien.

Musique écoutée pendant l'élaboration de cette note : Do you like my tight sweater? de Moloko (Warner - 1995) – Live in Montreux : 15 juillet 2013 de Prince