Il était une fois Marseille

I
René Coppano

Il était une fois Marseille

France (2010) – La manufacture de livres (2010)


L'ascension et la chute de deux minots, dans le Marseille des années 80.

Cela fait une dizaine de jours à présent que j'ai terminé ce Il était une fois Marseille et je reste toujours perplexe quant à la façon de le chroniquer. Les quarante dernières pages concluaient assez efficacement un roman contre lequel j'avais pourtant râlé un grand nombre de fois tout au long de ma lecture. Que devais-je partager avec le lecteur de cette chronique ?

Une partie de l'efficacité d'Il était une fois Marseille repose sur des personnages et une histoire archétypiques. Les deux copains d'adolescence qui se retrouvent, à l'âge adulte, de l'un et l'autre côté de la Loi sont unis par un terrible secret lentement dévoilé. Amitié et honneur des uns, des méchants encore plus méchants que les méchants, l'ambition d'un petit caïd voulant devenir maître de la ville, etc., tout ceci nous parle immédiatement, comme une collection d'images, de références et d'influences, conscientes ou inconscientes [1] toujours déjà partagées.

il était une fois marseille D'ailleurs, dans le destin de cet immigré (ce qu'étaient finalement les pieds-noirs rentrés en métropole) décidé à se faire sa place au soleil, Marseille ne nous est montré qu'en arrière-plan et de façon plutôt neutre, loin de ce que pouvait laisser prétendre le titre ambitieux du roman. Cette histoire, si ce n'était son arrière-plan historique, pourrait fonctionner n'importe où dans le monde.

Reste donc un roman écrit comme un scénario de film, où les scènes d'action, de meurtre (et de torture) prennent une place prépondérante, déjà longuement et efficacement découpées. Il y a des poursuites, des terroristes, des berlines allemandes et des flashbacks permanents, amenés à la truelle et tout ceci est extrêmement visuel. Les seconds rôles sont médiocrement développés au point que l'on soupçonne parfois du remplissage gratuit, Coppano n'hésitant pas d'ailleurs à écrire des choses inutiles pour un seul jeu de mots (pages 264 et suivantes). Quant au personnage de Laura, la petite amie huppée du commissaire, elle ne doit son insipide existence qu'aux nombreuses marques prestigieuses qu'elle permet de citer, avec une complaisance insupportable. Tout cela m'a souvent fait penser au cinéma superflu d'Olivier Marchal.

Malgré cela, parce que la nébuleuse contre-terroriste qui est derrière Il était une fois Marseille donne surtout envie d'en apprendre plus sur le sujet, et que Coppano n'hésite pas à noircir son final, son histoire fonctionne. Mais c'est sur le double mode du contentement – vite passé – et de la frustration.

Chroniqué par Philippe Cottet le 18/04/2010



Musique écoutée pendant l'élaboration de cette note : Doctor Atomic Symphony de John Adams, une galette Nonesuch de 2009.