Sans douceur excessive

S
Lee Child

Sans douceur excessive

Royaume-Uni (2006) – Seuil (2009)


À cause de son sens aigu de l'observation et parce qu'il a, pour un bon café, rompu sa routine de ne pas en avoir, Jack Reacher se trouve placé au cœur d'une histoire d'enlèvement qui, de Greenwich Village à la campagne anglaise, l'oblige à se frotter à une bande d'anciens des forces spéciales.

Pour convenablement apprécier Sans douceur excessive (ou n'importe quel roman de Lee Child), il est conseillé d'accepter en prérequis l'évidente supériorité et l'invulnérabilité de son héros. Nomade, désinvolte tout en étant implacable, Reacher est un übermensch vengeur évoluant au-delà de la légalité. Géant physique d'une intelligence hors du commun, cet ancien major de la Police Militaire intervient dans les affaires du monde quand il n'y a plus d'espoir. Il disparait une fois justice faite, laissant dans les yeux des orphelines sauvées et des dames séduites une lueur de reconnaissance qui ne s'éteindra jamais.

Si vous n'acceptez pas ce préalable, certaines des ficelles utilisées par l'auteur pour faire progresser Lee Childson action vous paraîtront aussi grosses que des câbles du Brooklyn Bridge. Évidemment, ça gâche un peu le plaisir alors que ce dernier peut être réel, car Child maîtrise tout à fait son écriture et ses effets. Il mène plus que correctement son suspense, bien sûr dans une direction plutôt évidente mais pas désagréable quand la télévision ne vous propose rien ou quand, sur une plage ensoleillée, l'heure de la baignade n'a pas encore sonné.

Confronté cette fois à des gens dont il connait sur le bout des doigts les codes et les façons d'agir, Jack Reacher va vite mesurer que l'ancien colonel qui l'engage pour retrouver sa femme et sa belle-fille est le pire des salauds. Le portrait de ces soldats de fortune sur le déclin, qui font le bonheur actuel des bellicistes amerlocains, est tout à fait convaincant. Auteur et héros ne cachent que médiocrement le mépris que leur inspire ces gens, mauvais soldats, lâches et sans honneur, que seul l'argent semble motiver. D'ailleurs, quand dans des nuages de testostérone, Jack leur montrera qui est le mâle alpha, il n'y aura pas photo.

Sans douceur excessive, commencé dans les rues encombrées de New York et de son Village, se terminera dans une ferme assiégée de l'East Anglia. Child fait choir astucieusement son héros trente pages avant la fin, mais c'est pour lui permettre de mieux affronter ses ennemis, seul contre tous. Pas un instant les personnages secondaires ou nous-mêmes ne douteront de la réussite de Jack Reacher qui, brosse à dents dans la poche, pourra continuer d'arpenter le monde pour en redresser les torts.

Chroniqué par Philippe Cottet le 04/05/2009



Illustrations de cette page : Plaque de la police militaire américaine

Musique écoutée pendant l'élaboration de cette note : Debut de Björk Guðmundsdóttir (1993).