La faute à pas de chance

L
Lee Child

La faute à pas de chance

Royaume-Uni (2007) – Seuil (2010)

Titre original : Bad Luck and Trouble
Traduit par William Olivier Desmond

On a fait du mal à des membres de l'ancienne équipe spéciale de Reacher.
On n'aurait pas dû.
Ça va barder...

L'un des plaisirs coupables de l'année est de retrouver Jack Reacher, le vagabond à la brosse à dents, dans de nouvelles aventures.

Rappelons, comme le fait la première page de La faute a pas de chance en donnant ses mensurations et faits d'armes, que Reacher est un ancien major de la police militaire américaine. Balèze comme le mont Fuji et rusé comme un Sioux, il est tellement souple, rapide et affuté qu'on le verra ici éviter les balles. Si vous ajoutez, pour le présent opus, les membres survivants de son équipe d'élite — gratin de l'armée américaine – qui n'ont rien perdu, dix ans plus tard, de leurs capacités à débusquer et punir les méchants, vous obtenez une sorte d'ode, autant à la différence qu'à la surhumanité.

Car ces quatre survivants, lancés à la poursuite des criminels qui balancent leurs copains vivants du haut d'un hélicoptère, sont d'abord des gens différents. Ils ont gardé de leur passage dans l'armée une vision finalement assez romantique de l'existence, en plus de dons pour faire mal aux autres avec leurs simples pouces. Pas seulement la fraternité d'armes qui leur fait abandonner séance tenante tout ce qu'ils faisaient pour se porter au secours de l'un des leurs, mais aussi des valeurs de droiture, de courage, d'honnêteté, un sens du devoir, de la loyauté et du patriotisme que le monde civil, ordinaire ne connaît plus.

Tout ceci permet à Lee Child de montrer toute la noirceur de ce dernier, dévoré par le profit et l'égoïsme. A l'exception de Neagley qui a réussi dans la vie (il en fallait au moins un pour pouvoir financer la partie de chasse de La faute a pas de chance) les anciens membres du 101° semblent avoir un mépris souverain pour la réussite sociale et pour l'argent. Pour Dixon et O'Donnell, il s'agit plus d'une impossibilité à se faire à ce monde et une résignation à ne plus voir reconnues, en dehors de l'armée, leurs qualités. Dans le cas de Reacher, le dénuement est volontaire, organisé. Quand le major a besoin de payer le restaurant à ses troupes, il va simplement se servir dans la poche des dealers angelitos [1].

La faute a pas de chance raconte donc cette croisade du Bien contre le Mal, celui-ci étant représenté par des hommes d'affaires et des flics corrompus, prêts à vendre la sécurité de leur pays pour quelques millions. C'est trépidant, les morceaux de bravoure sont nombreux et, comme à son habitude, Lee Child réserve à son héros un final du seul contre tous plutôt improbable. Sauf pour Jack Reacher, chevalier des temps modernes...

Chroniqué par Philippe Cottet le 13/05/2010



[1] Et il les explose après quand ils viennent se venger...

Illustration de cette page :
Brosse à dents.

Musique écoutée pendant l'élaboration de cette note :
Die Sieben Todsünden de Kurt Weill, version Ute Lemper et le RIAS Berlin Sinfonietta chez Decca (1991).