Les raisons du doute

L
Gianrico Carofiglio

Les raisons du doute

Italie (2006) – Seuil (2009)


Traduction de Nathalie Bauer

Me Guerrieri est chargé de défendre Fabio Paolicelli, un homme accusé de trafic de drogue entre le Monténégro et l'Italie qui se dit innocent

Toute la difficulté dans un legal thriller est d'occuper le temps entre l'énoncé des faits et le chapitre final où l'avocat dénoue – plus ou moins habilement –, l'affaire. Dans Les raisons du doute, Carofiglio place au cœur de son dispositif le double ressentiment que le défenseur éprouve pour son client.

Ce dernier, petit voyou et nervi fasciste dans sa jeunesse, y fut alors l'un des cauchemars de l'avocat. L'idée de vengeance va longtemps tarauder Guerrieri jusqu'à ce qu'il soit capable de percevoir que Fabio Ray-ban Paolicelli est devenu quelqu'un d'assez éloigné, tant de son souvenir que du fantasme haineux constitué sur sa frustration adolescente. Malheureusement, Natsuo, l'épouse de l'involontaire dealer, subtil mélange d'Italie et de Japon, est l'autre raison pour laquelle Me Guerrieri ne peut raisonnablement rester neutre dans cette affaire. Lui, dont la vie sociale et sentimentale est un univers de méfiance et de solitude froide, va violemment s'en éprendre.

C'est donc autant aux progrès dans le dossier qu'au conflit moral qui agite son héros que se consacre Gianrico Carofiglio. La tentation est grande pour l'avocat de jouer contreson client d'autant qu'au lien amoureux viennent s'ajouter les intimidations d'un milieu mafieux qui se contenterait, lui aussi, de faire porter le chapeau à Paolicelli. L'air de ne pas y toucher, Les raisons du doute interrogent intelligemment la relation entre l'avocat et son client. L'auteur brosse aussi, de façon subtile, un tableau assez peu amène de la démocratie italienne et de sa justice. Les immobilismes, les corruptions matérielles et mentales, les compromissions et la menace permanente sur les juges (ou toute personne souhaitant em>dire simplement le vrai) sont toujours à l'arrière-plan de ce roman qui n'est léger que d'apparence.

Le final des Raisons du doute montre qu'il existe encore des gens intègres, une morale, une éthique et donc une possibilité pour ce pays de sortir de la gangrène corruptrice pour se rédimer. On peut, ou non, douter de cet optimisme.

Chroniqué par Philippe Cottet le 20/03/2010



Musique écoutée pendant l'élaboration de cette note : Le Goaskinviellja de Mari Boine, une galette Verve de 1993.