Le tailleur gris

L
Andrea Camilleri

Le tailleur gris

Italie (2008) – Métailié (2009)


Traduction de Serge Quadruppani

Le directeur général d'une banque se retrouve à la retraite. Il constate avec amertume qu'il ne sait comment occuper ses journées et surtout qu'il semble gêner son épouse, bien plus jeune que lui. Il se souvient alors qu'il l'a laissée, au fil du temps, l'exclure de sa vie et de sa propre maison. Tandis qu'elle manœuvre en coulisse, il s'interroge sur leur relation.

Le tailleur gris est un court roman que j'ai trouvé triste et douloureux, comme peut l'être une fin de vie sans accomplissement. Le vide de la première journée de retraite de ce banquier maniaque, soucieux de toujours tout contrôler, est proprement terrifiant, mais il doit ressembler à celui qu'éprouvent tous les gens définis par leur seul statut professionnel, lorsque celui-ci s'arrête.

Ne rien avoir à faire de ces longues journées va pousser notre banquier à méditer, à se remémorer ce qui l'a conduit à cette vie sans amour, sans proche autre que cette femme bien plus jeune, désormais bien trop jeune, cheval fougueux aux appétits voraces. Car Adele dévore l'existence, pas seulement les jeunes amants sur lesquels par faiblesse, par lâcheté, il a fermé les yeux. Il découvre, au regard de sa propre et neuve solitude, que la vie sociale bien remplie et brillante de son épouse ne se limite pas à ses comités de bienfaisance et ses associations sportives. Elle possède ce qu'il n'a plus désormais, tout un réseau dans cette bourgeoisie locale, du jeune entrepreneur auprès duquel elle essaie de le recaser à l'oncologue qui le soignera. Adele est une énigme qu'il a, en partie, contribué à formuler et qui résistera, jusqu'au bout, à sa compréhension.

Le tailleur gris narre la quête étrange et misérable de cet homme d'un autre temps, s'éveillant à un monde où il n'a plus sa place. Comme un solde de tout compte, il reçoit in fine un peu d'amour d'une épouse dont chaque geste, chaque attention se nourrit – à ses yeux – du poison de l'ambivalence et de l'ambiguïté. Camilleri prête aux réflexions et aux souffrances de cet homme partagé, définitivement humilié et tardivement chéri, son écriture à la fois légère et grave, une fois encore parfaitement rendue par la traduction de Serge Quadruppani.

Chroniqué par Philippe Cottet le 26/08/2009



Musique écoutée pendant l'élaboration de cette note : Wesendonck Lieder de Richard Wagner chantés par Julia Varady (Orféo, 2000)