Piégés dans le Yellowstone

P
C.J. Box

Piégés dans le Yellowstone

États-Unis (2011) – Seuil (2013)


Traduction de Freddy Michalski

Un groupe parti pour une randonnée équestre, dans la partie la plus sauvage et déserte du parc national de Yellowstone abrite un redoutable tueur. C'est ce dont est persuadé Cody Hoyt, flic alcoolique suspendu qui part à leur poursuite pour tenter de sauver son fils Justin, présent dans le groupe avec son futur beau-père.

Avec Piégés dans le Yellowstone, C.J. Box retourne donc dans le parc national qu'il avait plutôt intelligemment occupé dans Zone de tir libre. Dans son prière d'insérer, l'éditeur convoque à la fois Agatha Christie, Lawrence Block et Craig Johnson comme inspirateurs d'un suspense que j'ai trouvé, pour ma part, d'une incroyable fadeur.

Cody Hoyt est une sorte de bourrin alcoolique, qui va évidemment se révéler un flic de première et la fierté de son fiston. Hank Winters, son parrain aux AA, a été retrouvé mort dans sa maison en partie calcinée, une bouteille de gnôle à ses pieds. Pour Hoyt, qui replonge du coup dans la picole, c'est le signe d'un meurtre. Mais tout le monde semble s'en fiche, préoccupés par de futures élections locales ou par une défiance systématique à l'égard de ce qu'il peut raconter. Sauf l'honnête et scrupuleux Larry, son partenaire, qui va aider notre franc-tireur à régler le problème. Voilà pour le côté Matt Scudder.

Piégés dans le Yellowstone alternera désormais l'évolution de la situation dans le groupe – adoptant principalement le point de vue de la jeune Gracie Sullivan, une gentille adolescente surdouée qui pige tout très vite – et les efforts de Cody Hoyt pour les rejoindre. Box fait peser sur plusieurs randonneurs la suspicion d'être le tueur, le choix se rétrécissant évidemment à mesure de la disparition des membres du groupe. Voilà pour le côté 10 petits nègres et Dame Agatha Christie. Quant aux grands espaces évocateurs de Craig Johnson, on ne les trouve que quelques instants dans le regard émerveillé de l'adolescente découvrant Yellowstone et la fureur de sa sœur aînée constatant la rusticité des toilettes et l'absence de réseau téléphonique.

Tout cela – les cadavres, les bêtes sauvages qui s'en emparent, la ténacité du flic privé d'alcool et de clopes et même le coup de théâtre final – se lit en passant. Le lecteur ne s'attache à personne, parce que le seul caractère un peu développé est Hoyt et qu'il n'a rien d'original. Il y a un suspense certes, mais personne ne peut croire à la trahison de Larry et nous savons que tout ira pour le mieux pour les petites Sullivan comme pour le beau Justin, les autres étant là comme éléments sacrifiables.

Le tueur implacable est évidemment celui auquel personne ne pensait, sauf ce formidable flic adepte des solutions expéditives. Piégés dans le Yellowstone s'achève sur un happy ending que le fil blanc employé pour sa narration laissait parfaitement entrevoir et, malheureusement, sur la possible récurrence de ce héros superflu (en librairie le 10 octobre 2013).

Chroniqué par Philippe Cottet le 05/11/2013



Illustration de cette page : Randonnée équestre dans les Rocheuses