69, année politique

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Francis Zamponi

69, année politique

France (2009) – Seuil (2009)


De nos jours, le général de réserve Joseph Cladère est mis en cause par la justice. Placé en garde à vue, il est ensuite conduit devant une jeune juge d'instruction à qui il accepte de parler, mais à sa manière et pas de cette affaire. Cladère souhaite illustrer ce qui à toujours été son rôle : servir l'Etat y compris (et surtout) pour ses basses œuvres. Ainsi commence-t-il à faire parvenir au magistrat instructeur ses notes sur ce que l'on nomma, quarante ans plus tôt, l'affaire Markovic.

Avec 69, année politique, l'idée était de s'emparer de l'affaire jamais élucidée du meurtre de Stevan Markovic et d'en faire un roman qui montrerait le côté crapuleux du régime gaulliste, de ses officines (le sinistrement célèbre Service Action Civique) à ses réseaux dans la police et les services secrets. Markovic, dont on fit l'homme de confiance de l'acteur Alain Delon, lui-même ensuite présenté comme proche de l'ancien premier ministre Georges Pompidou, avait été retrouvé mort dans une décharge.

Zamponi 69 année politique L'affaire Markovic, qui éclata par la suite, fut l'une des nombreuses barbouzeries qui émaillèrent la présence au pouvoir du Général. Elle avait pour but de disqualifier Pompidou dans une éventuelle course à l'Élysée. Celle-ci était devenue plus probable depuis que de Gaulle avait montré des faiblesses durant les événements de mai, la dernière en date étant le voyage à Baden pour consulter le général Massu et s'assurer de la fidélité de l'armée. Ancien Premier ministre, Pompidou n'était pas un homme du sérail, c'était l'homme de la Banque et les barons gaullistes n'en voulaient surtout pas.

Dans 69, année politique, Francis Zompani montre très bien les manœuvres dans l'ombre qui auraient pu être menées pour associer le nom des Pompidou, afin de le décrédibiliser, à ce scandale de parties fines terminées par un meurtre. De ce côté, son roman est parfaitement crédible : presse servile, justice aux ordres, hiérarchie policière partisane, rien ne change vraiment n'est-ce pas ? Il n'oublie pas non plus d'évoquer les curieuses alliances idéologiques de ces histoires d'arrière-cuisine (d'anciens activistes OAS collaborant avec des membres du SAC, leurs ennemis jurés), sous couvert de défense de l'État et au nom d'un anti-soviétisme toujours de mise, Pompidou étant alors présenté comme l'homme de Moscou. Ce qui est le plus étonnant, c'est qu'entre paranoïa, coups tordus et corruption de la police et des services secrets, le roman de Zamponi est sans doute en-dessous de la réalité.

Malheureusement, le style d'écriture de l'auteur, ampoulé, policé, pas assez noir fait de 69, année politique un roman plutôt médiocre. D'autant que la volonté documentaire et informative de Zamponi sur chaque lieu ou chaque personnage historique rencontrés (et ils sont nombreux) est très scolaire [1], artificielle et alourdit désagréablement l'ensemble. J'ai retrouvé, amusé, les croque-mitaines politiques de mon adolescence, mais c'est à peu près tout.

Chroniqué par Philippe Cottet le 01/07/2009



Notes :

[1] J'en comprends les raisons, pour tous les lecteurs n'ayant aucune connaissance de cette période historique, mais cela est vraiment trop pour un roman. Cela oblige souvent Zamponi a préciser le rang ou l'histoire de tel ou tel personnage alors que les gens qui en parlent sont des hauts fonctionnaires qui n'en ignorent rien, ce qui rend peu crédibles les dits échanges.

Illustration de cette page : Georges et Claude Pompidou

Musique écoutée pendant l'élaboration de cette note : Mélodies de Henri Duparc et Ernest Chausson par Gérard Souzay (baryton) et Dalton Baldwin (piano). Galette EMI de 1972 rééditée en 1994.