La hache, le koto et le chrysanthème

L
Yokomizo Seishi

La hache, le koto et le chrysanthème

Japon (1950) – Denoël (1985)


Traduit du japonais par Vincent Gavaggio

Un magnat de l'industrie de la soie laisse en guise de testament des dispositions ne pouvant qu'attiser la haine, la violence et pourquoi pas le meurtre, entre les membres de sa famille. Le détective privé Kindaichi Konuse découvre d'ailleurs le premier mort : un clerc de notaire qui, préjugeant du pire, l'avait fait venir dans la préfecture de Nagano.

La hache, le koto et le chrysanthème est un whodunit tout à fait classique dans sa forme, assez complexe dans sa trame – comme souvent chez Yokomizo –, qui vaut principalement par l'extraordinaire ambiance de haine qui sourd, en permanence, de cette famille à secrets.

En mourant, le vieil Inagumi Sahee [1] a laissé un cadeau empoisonné à une descendance pour laquelle il n'a jamais éprouvé le moindre intérêt. Trois filles, nées de trois concubines, qui ont donné naissance chacune à un héritier mâle, s'attendent à recevoir leur part du considérable magot qu'a constitué l'industriel, ancien orphelin parti de rien et devenu l'un des magnats de l'archipel. A la surprise de beaucoup – pas tous, le clerc assassiné ayant apparemment dévoilé les dispositions testamentaires à l'un des protagonistes –, c'est une étrangère, la belle Tamayo, qui va détenir la clé de l'héritage. Petite-fille de l'homme qui recueillit, aida et instruisit le jeune Sahee, elle était considérée par le patriarche comme faisant partie intégrante de sa famille. Il lui appartient de choisir, sous trois mois, le petit-fils qui héritera. S'il en reste un en vie, naturellement, ou si elle même ne décède pas.

Avec son style marquant profondément la nature bonne ou mauvaise de chaque caractère, la façon qu'il possède de traiter certains événements sur un mode suggérant le surnaturel, Yokomizo Seishi plonge avec délice dans les coulisses malodorantes de cette famille mesquine et haineuse, sous le regard perplexe de son détective. C'est en créant une condition égalitaire entre les héritiers potentiels qu'Inagumi Saheen accomplit le mieux sa vengeance, puisque cette égalité va dresser chaque famille l'une contre l'autre. Comme le souligne si bien Matsuko, « dans l'Ancien Monde, Sukekiyo (son fils) aurait été Prince, car premier-né et les autres ses vassaux, sans appel ». Cette primauté aurait été injuste, mais aurait évité toute cette violence.

Kindaichi va compter les morts, les coups de théâtre et les fausses révélations avant de réunir tout son petit monde pour faire éclater la vérité au grand jour. Tortueuse et complexe, le lecteur aurait eu bien du mal à la deviner en totalité. On se prend au jeu de La hache, le koto et le chrysanthème, même si le plat final est quelque peu lourd à digérer.

Le personnage de Kindaichi Konuse a été souvent adapté au cinéma ou à la télévision. Cette histoire de la famille Inugami a fait l'objet d'un film de Ichikawa Kon en 1976, dont on trouvera une critique sur ce Le vent sombre : Inugami-ke no ichizoku . Le cinéaste vétéran, trente ans plus tard, tournait une nouvelle version avec le même acteur dans le rôle de Kindaichi. Nombreuses adaptations télévisées également ainsi qu'un jeu ! sorti sur console portable Nintendo.

Chroniqué par Philippe Cottet le 10/07/2011



Notes :

[1] L'inugami 犬神, est un esprit ressemblant à un chien et accomplissant une vengeance. Voir, par exemple, sur ce site : Les dieux chiens de Bando Masako.

Illustration de cette page : Chrysanthème

Musique écoutée pendant l'élaboration de cette note : The Moody Blues Days of Future Passed (Mobile Fidelity Sound Lab - 1967)