Hot Spot

H
Charles Williams

Hot Spot

États-Unis (1953) – Gallmeister (2019)

Titre original : Hell Hath No Fury
Traduit par Laura Derajinski

Madox, un ancien marin au passé de bagarreur, tente de se faire oublier dans une petite ville texane en devenant vendeur de voitures.

J'ai beaucoup apprécié la lecture de Hot Spot, dont les personnages et thématiques sont clairement ancrés dans les années 50, même si l'écriture de Williams – bien servie par la traduction de Laura Derajinski – est tout à fait intemporelle.

Jeune, décomplexé, taillé en armoire à glace et le verbe haut, Madox possède l'arrogance des gens qui ont vu du pays. Il est un vendeur de voitures parfait, avec juste ce qu'il faut de condescendance pour sa clientèle ou son employeur qu'il considère quelque part – c'est induit par son comportement – comme des ploucs.

C'est sans doute pourquoi l'idée de braquer la banque si mal protégée lui vient à l'esprit. Tout en prenant d'élémentaires précautions pour se procurer le matériel adéquat et organiser ensuite son alibi, il a le sentiment que personne localement n'est capable d'additionner 2 et 2 et qu'il lui suffira donc d'attendre, peinard, que les choses se tassent pour profiter de son butin.

Il fait la même erreur avec les femmes. Sauter Dolores, l'épouse délaissée de son patron – puisqu'elle s'offre si naturellement à lui, pourquoi pas ? – ne devrait pas prêter à conséquence et surtout gêner la relation amoureuse qu'il entrevoit avec Gloria, le timide ange à longues jambes qui travaille de l'autre côté de la rue.

Sadiquement, Charles Williams va faire payer à Madox son état d'esprit, Hot Spot fonctionnant comme des sables mouvants. Les hommes du shérif sont intelligents, le type de la compagnie d'assurances connaît son métier, le vieil aveugle témoin du braquage peut reconnaître le voleur par d'autres moyens, l'épouse infidèle voit l'avenir avec plusieurs coups d'avance, l'ange blond est bien moins innocente qu'attendu...

L'ancien marin s'adapte comme il le peut à toutes ces évolutions de la situation, persuadé d'avoir éloigné le danger à chaque fois. Mais Williams l'enfonce toujours un peu plus, le condamnant à accomplir des mouvements de moins en moins réfléchis et des actes de plus en plus graves qui vont le mener tranquillement au fond de la nasse où une main avide – celle de l'amour ou celle de la loi ? – pourra le saisir.

Écriture puissante et directe, final comme un pied de nez hilarant à cette arrogance, Hot Spot méritait bien cette nouvelle édition.

Chroniqué par Philippe Cottet le 26/01/2019



Illustration de cette page : Beauté blonde dans les années 50