Les écorchés vifs

L
Olivier Vanderbecq

Les écorchés vifs

France (2018) – Fleur Sauvage (2018)


Un jeune flic ambitieux, alcoolique et ostracisé par sa hiérarchie croise la route d'un homme de main quinquagénaire en quête de rédemption qui s'est attaché à une adolescente, après avoir laissé onze cadavres derrière lui dans une banlieue de Lille.

Note : Je connais l'auteur via Facebook, j'ai même été donateur lors de son appel à la générosité publique pour sauver son projet de librairie. Il m'a demandé si j'accepterai de lire Les écorchés vifs et, en retour, je lui ai posé la question d'une publication de ma recension quoi qu'elle dise.

J'ai un mauvais souvenir de la préface d'un livre qui essayait de nous convaincre des exceptionnelles qualités, pourtant introuvables à la lecture, d'une jeune auteure (autrice ?).

Les écorchés vifs sont aussi introduits par un écrivain connu, Jacques Olivier Bosco, qui nous dit tout le bien que nous devons penser de ce premier roman. Il convoque comme il se doit les mânes de plusieurs prestigieuses pointures – cinéma ou littérature – pour célébrer la publication de ce polar qui, tant au niveau du rythme que du style, lui paraît être un coup de maître. Il nous confie, in fine l'amitié qui le lie à l'auteur, forgée alors qu'il était dans un trou d'air créatif et que notre primo-romancier était encore libraire spécialisé dans le genre.

C'est mettre la barre très haut pour Olivier Vanderbecq. Peut-il vraiment rivaliser avec Jim Thompson ou Trevanian ? Peut-on retrouver la patte de Mann, Friedkin ou Peckinpah dans ce récit ? Ou seulement celle de Besson, lui aussi convoqué ?

Les écorchés vifs, resucée à peine voilée de quelques succès cinématographiques qui ont développé le thème de la rédemption (via la défense d'un enfant) et celui de l'alliance temporaire entre le truand et le policier qui lui court après, est un roman d'action qui, ayant déjà été lu ou vu plusieurs fois, parle immédiatement au lecteur [1]. Multipliant les appels à l'honneur et les morceaux de bravoure où le côté du bien triomphe toujours à un contre quatre, il repose sur trois scènes très violentes (l'attaque de la Tour, le massacre du camp gitan, le règlement de comptes final), menées sur un tempo très vif qui, à mon sens, ne nécessitent pas de réelles qualités d'écriture. Ce sont pourtant les plus réussies du roman.

Entre ces scènes, on cherche quand même un intérêt quelconque soutenu par une ambition littéraire minimale. Vanderbecq fait alterner la parole du flic et celle de l'homme de main – en tentant de donner maladroitement à celui-ci une dégaine de voyou rebelle et à celui-là un côté aristocratique –, qu'il double d'un discours intérieur. Sur plusieurs pages, ces introspections souvent larmoyantes sont censées nous en dire un peu plus sur le passé et les lourds secrets qui hantent l'un et l'autre, tout en leur conférant aussi une certaine profondeur. Le procédé m'a toujours paru facile, qui évite de construire vraiment le personnage dans des temps et des espaces différents qu'il faut ensuite assembler, par la grâce de l'écriture, dans ceux de l'action. Ces moments d'apitoiement sur soi étant, dans Les écorchés vifs, eux aussi convenus, ils se révèlent profondément barbants.

Enfin, Vanderbecq place par moments une caméra extérieure qui nous permet de disposer d'un angle de vue plus libre lors des scènes d'action, afin de magnifier tant le caractère impitoyable et brutal des méchants que le sacrifice et l'héroïsme des gentils.

Il n'y a aucune ambiguïté ici, l'auteur nous désigne rapidement qui haïr et qui aimer, dans ce genre de pacte secret où il est dit au lecteur qu'aucun mal ne sera fait à ces derniers et qu'ils s'en tireront. Nous sommes évidemment très loin de Jim Thompson et l'on ne peut qu'encourager Olivier Vanderbecq, qui est également devenu chroniqueur de romans noirs, à se poser la question du pourquoi être publié ? et de son caractère impératif, tout en lui recommandant de bien observer le profond travail sur l'écriture et la narration qu'accomplissent encore parfois les auteurs dont il commentera les œuvres.

À l'heure où Pierre Pelot annonce qu'il n'écrira plus parce qu'il « a vu venir au fil du temps comme une lèpre, la mérule des commerciaux rongeant tout sur leur passage : les occupants du monde (de l'édition) sont devenus des gens que je déteste »[2], la sortie des Écorchés vifs semble une illustration de cette médiocrité dans laquelle a plongé la littérature et où je range pêle-mêle éditeurs, auteurs et public.

Chroniqué par Philippe Cottet le 10/04/2018



Notes :

[1] La répétition du même étant, hélas !, un motif de satisfaction pour un grand nombre de lecteurs et de spectateurs.

[2] Voir son message sur sa page FB Pierre Pelot

Illustration de cette page :
Natalie Portman dans Léon de Luc Besson