Un torse dans les rochers

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Helene Tursten

Un torse dans les rochers

Suède (2000) – Michel Lafon (2008)


Un chien trouve, sur une petite plage près de Göteborg, un torse humain inidentifiable et éviscéré. Sans rien pour travailler, l'équipe d'enquêteurs sous la direction du Commissaire Andersson attend les résultats de l'autopsie, menée par l'un des meilleurs médecins légistes de Scandinavie. D'autres morceaux du corps sont découverts par la suite, permettant de tracer un portrait flou mais particulièrement horrible du meurtrier et de ses tendances nécrophiles. Un tatouage très particulier ouvre bientôt une piste qui mène l'inspectrice Irene Huss jusqu'à Copenhague, où un meurtre identique a été commis deux ans auparavant...

Deuxième des sept thrillers ayant pour héroïne Irene Huss, détective à la Criminelle de Göteborg [1], mais premier livre de la romancière suédoise Helene Tursten traduit en français, Un torse dans les rochers est une nouvelle histoire de monstres lâchés dans la nature, entre Suède et Danemark, comme le polar actuel en produit tant. Pourquoi avoir privilégié à la traduction celui-ci plutôt que le précédent qui traitait d'un contexte social plutôt plus intéressant (les bandes de motards et la permanence forte de l'idéologie néo-nazie en Suède) ? Difficile à dire sinon que les histoires de serial killer, si possible horrifiques, ont le vent en poupe. Ce qu'est cette chasse au meurtrier nécrophile, qui nous fait passer par les bas-fonds - entre autres gays - de Copenhague, cette nouvelle Sodome où fleurissent les snuff movies et la déchéance d'adolescentes fugueuses.

Malgré cela, on a quand même du mal à distinguer le roman d'Helene Tursten du reste de la production. Son style est tout à fait banal - léger et sans humour -, au service d'une narration linéaire sans vraiment de surprise. Son intrigue n'est ni plus, ni moins astucieuse que toutes celles qu'on peut nous proposer d'ordinaire, suffisamment horrible pour effrayer les plus sensibles, suffisamment maintenue à distance pour que l'on sache à l'avance que tout finira bien pour les gentils. Ces derniers, pas plus que les méchants, ne bénéficient vraiment d'un approfondissement de leur personnage, à l'exception peut-être d'Yvonne Stridner (l'archétypique médecin légiste de renommée internationale), de Tom Tanaka, l'ancien sumotori qui mettra Irene sur la bonne voie et de la petite famille de notre héroïne.

Cette dernière me semble parfaite pour conquérir le cœur de nombreuses lectrices. Ancienne championne de jiu-jitsu mais portant bien sa quarantaine, grande et svelte, coquette, séduisante, marié au plus affectueux des hommes (mais qui se laisse quand même un peu aller...) elle ne cracherait pas sur une aventure avec ce si attirant collègue danois. Mère de jumelles dissemblables et toniques mais adolescentes prometteuses comme rêvent d'en avoir tous les parents, elle est gourmande, ne semble jamais vraiment touchée par tout ce qu'elle voit et vit et conserve toujours le chic, si élégante dans son pantalon de lin bleu foncé (qu'elle n'a malheureusement pas pu réellement défroisser dans sa chambre d'hôtel avant de partir dîner) ou son confortable survêtement Björn Borg...

Dans un pays où Julie Lescaut est toujours plébiscitée, voici un ouvrage pour dames qui peut trouver son public, comme il l'a fait dans les quinze autres pays où Helene Tursten est publiée. Un torse dans les rochers est en compétition actuellement dans la sélection printemps du Prix SNCF du polar [2].

Chroniqué par Philippe Cottet le 23/05/2009



Notes :

[1] Qui est également le lieu où travaille le commissaire Erik Winter, le personnage récurrent d'Åke Edwardson.

[2] Où Irene Huss aura fort à faire face à deux redoutables jupons : Paddy Meehan de Denise Mina et surtout Petra Delicado de l'excellente Alicia Giménez Bartlett.