Hallali

H
Jim Thompson

Hallali

États-Unis (1957) – Rivages (1991)

Titre original : The Kill-Off
Traduction de Jean-Paul Gratias

Petite station balnéaire de la côte est des Etats-Unis, Manduwoc est une ville sur le déclin. A l'ouverture de la saison d'été, tous ses habitants ne semblent avoir qu'une idée en tête : tuer Luane Devore, hypocondriaque à la langue venimeuse qui semble connaitre les secrets inavouables de chacun.

Jim Thompson adopte ici une structure narrative assez semblable à celle employée dans Le criminel, c'est-à-dire une ronde de personnages, cette fois-ci autour d'une victime potentielle. Chacun, à son tour, livre un fragment de son histoire personnelle et une partie du ressentiment qu'il éprouve pour elle. La présence dans les deux romans de l'avocat nommé Kossmeyer conforte la ressemblance, ou plutôt le lien organique entre les deux romans.

Jim Thompson Hallali (1957)L'insistance de Thompson pour nous désigner celle qui doit mourir, à chaque chapitre et par une voix différente, tue bien évidemment tout suspense policier, au moins jusqu'au renversement final. Toutefois le véritable propos de ce magnifique roman est de nous montrer comment les intentions homicides viennent à des gens très ordinaires et, surtout, le rôle apaisant et libérateur que jouerait le meurtre expiatoire de Luane pour toute la communauté.

Encore un φαρμακος, un bouc émissaire dont le cadavre emporterait les turpitudes et les échecs de tout ce joli monde ? Oui et c'est ce que peut signifier aussi le titre initial The Kill-off, c'est-à-dire l'élimination, pas seulement de la personne physique mais aussi de tous les maux de la communauté dont on accable Luane. Les familiers de La violence et le sacré et de toutes les thèses girardiennes sur la crise sacrificielle et la victime émissaire retrouveront ici intelligemment observées et rendues par Thompson l'unanimité de la communauté contre la vieille colporteuse de ragots, ainsi que la confusion précédant, accompagnant et suivant la mort de Luane. Ces moments où tous peuvent être coupables, ces moments où certains se voient coupables, de façon hallucinatoire et cette exigence pour le collectif de reporter sur la victime la responsabilité de sa propre mort, afin que la catharsis opère.

Le final cache tout un jeu de faux-semblants qui pose une énigme assez semblable à celle du Criminel mais inversée, comme si - jusqu'au bout - celui-là était le miroir, le double de celui-ci. Cette fois, le meurtrier a de fortes chances de rester introuvable parce qu'il ne s'agit, peut-être... que d'un accident. Victime ou coupable, l'unanimité violente des hommes, dans Hallali comme dans Le criminel en dispose, loin de toute conception du vrai ou du juste.

Chroniqué par Philippe Cottet le 13/07/2007



Illustration de cette page : Couverture originale de Kill-off

Musique écoutée pendant l'élaboration de cette note : Linda Perry In flight (1997).