Kabukicho

K
Dominique Sylvain

Kabukicho

France (2016) – Viviane Hamy (2016)


Une jeune Anglaise hôtesse dans un bar de Kabukichô, le Pigalle tokyoïte, est retrouvé morte dans un parc de Chiba. Elle a été enterrée vive, selon le mode opératoire d'un tueur en série ayant sévi il y a une dizaine d'années et pourtant exécuté quelques mois plut tôt.

Depuis ses souvenirs du Japon où elle a vécu de nombreuses années, Dominique Sylvain nous adresse donc ce Kabukicho, carte postale macabre qui déroule une vision intelligible, parce que finalement assez stéréotypée, d'un Tôkyô mal famé (mais pas trop quand même) [1].

Située au niveau des hôtes et hôtesses [2], c'est-à-dire le moins crapoteux de cette usine à plaisirs qu'est Kabukichô, avec une brève descente dans un lieu plus sordide (mais il y a tellement pire dans le quartier) où s'abrite un chef yakuza, l'histoire criminelle se laisse malheureusement deviner assez vite, même s'il faudra patienter jusqu'à l'emballement final pour en avoir confirmation. La romancière nous piège alors dans un crescendo meurtrier dont il est possible de penser beaucoup de mal, avec un refus du happy end que l'on peut estimer futé ou roublard.

En attendant, Dominique Sylvain distille des choses assez justes et superficielles sur les Japonais, leur rapport aux étrangers ou simplement à l'autre. À défaut de savoir ce qu'en dit elle-même la littérature japonaise – mais il y a peu de chance que les lecteurs de Kabukicho poussent un peu plus la porte entrouverte par l'auteur vers l'œuvre de Kawabata Yazunari (et encore moins vers celle, dérangeante et non évoquée, du désir selon l'immense Tanizaki Jun.ichirô) –, cette vision dépaysante passera pour crédible.

L'aspect propre, lisse et désincarné des personnages laisse par contre perplexe. Je comprends parfaitement l'intention de Sylvain de mieux refléter ainsi la permanente et discrète pudeur des Japonais, – que complique la rigidité des rapports sociaux –, mais cela les rend pour le coup assez inintéressants, voire fantomatiques. La sous-histoire entre le flic Yamada et la mama-san Sanae et son secret n'apporte rien. Akiko la prostituée est une hystérique assez simpliste et le yakuza Namba, ancien sumo, est un homme de main sans surprise. Quant à Yudai, le bel hôte innocent dans ce monde abject, il est le seul personnage un peu construit, mais il est déjà la caricature de l'enfant maudit devenu homme, bon père, bon fils, ami fidèle et malheureux par les femmes.

Reste la complexe Marie qui écrase, pour le meilleur et – à mon sens – pour le pire, Kabukicho. On est loin de la profondeur et de l'intelligence de Miso soup de Murakami Ryû qui abordait lui aussi, à sa façon, la vie du quartier chaud de Shinjuku bouleversée par un étranger violent et rédempteur.

Chroniqué par Philippe Cottet le 29/11/2016



Notes :

[1] Pour le contexte criminel de crimes visant des hôtesses étrangères, voir Obara Jôji sur la wikipedia anglaise et ce long article australien A tale of rape, murder and a Japanese playboy.

[2] C'est très bien expliqué dans le roman. On peut consulter sur ces blogs les conseils de Française expatriées : Host club et boite de nuit ! (2010) et Les françaises nous dévoilent les host clubs (2014)

Illustration : Allée de torris dans le sanctuaire Hanazono de Shinjuku.